Un important programme de « francisation » des enseignements scolaires a été présenté par le ministre marocain de l’éducation nationale au cabinet royal. Par-delà la querelle gouvernementale suscitée, le retour à la francophonie semble être un enjeu politique, et économique, majeur.
Fin 2015, le Maroc a connu une petite crise gouvernementale. Début décembre, le chef du gouvernement marocain Abdelilah Benkirane est informé de la présentation devant le cabinet royal d’un programme visant à franciser certains enseignements (mathématiques, sciences naturelles et sciences physiques) sans que le dépositaire dudit programme, le ministre de l’éducation nationale Rachid Belmokhtar, n’ait pris soin de l’en informer.
Devant les députés, la charge verbale de Benkirane à l’encontre de Belmokhtar est d’une violence inouïe : « Tu t’es attelé à l’introduction du français, mais alors le feu va prendre ! » lance-t-il devant un parterre de parlementaires.
Un recadrage… sans effet
Malgré ce « recadrage », rien n’y fait. Le 10 février dernier, le conseil des ministres valide l’abandon de l’arabisation des enseignements ardemment défendue par les islamistes qui dirigent l’actuel gouvernement.
Ce dont se félicite un professeur de philosophie pro-laïcité : « ce retour aurait dû se faire depuis longtemps. Nous avons perdu trente ans à cause de petits calculs idéologiques […]. Pour eux [les islamistes], arabisation et islamisation vont de pair car la langue est liée à la pensée ».
Des islamistes hostiles à la francophonie
Pour les islamistes du PJD (le Parti de la Justice et du Développement), la « francisation » des enseignements « n’est pas la meilleure solution ». Mais bien qu’hostile au projet, ces derniers se refusent à attaquer directement cette décision de la monarchie. « C’est inutile et contreproductif. Ce projet montre à quel point le lobby francophone est encore puissant et à quel point notre pays dépend de la France », explique un député du parti PJD sous couvert d’anonymat.
Pour rappel : l’arabisation des enseignements scolaires a commencé à s’opérer au début des années 80 avec l’arrivée au gouvernement du parti conservateur de l’Istiqal et la bénédiction d’Hassan II.
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