Alors que l’Algérie ramène son taux d’analphabétisme à un niveau historiquement bas, le vrai défi n’est plus de réduire ce chiffre, mais de transformer ce capital humain libéré en levier de productivité et de croissance pour une économie en quête de diversification.
L’Algérie affiche désormais un taux d’analphabétisme de 4,7 %. C’est ce qu’a révélé le directeur de l’Office national d’alphabétisation et d’enseignement pour adultes (ONAEA), Hicham Brim, le 7 septembre. D’après des informations relayées par Algérie presse service (APS), ce résultat couronne une décennie de politique publique volontariste.
Depuis son lancement en 2008, la stratégie nationale d’alphabétisation a accueilli plus de 5,4 millions d’apprenants. Parmi eux, 3,7 millions ont obtenu un diplôme d’alphabétisation, ce qui représente 68,57 % des effectifs, selon l’ONAEA.
Ce progrès porte un visage majoritairement féminin. Sur les 265 643 apprenants inscrits en 2024-2025, 244 873 sont des femmes, soit 92,18 % du total. Une proportion qui révèle à la fois l’ampleur de l’exclusion éducative historique des femmes algériennes et la priorité que le programme leur a accordée. Elle soulève aussi ce que les chiffres officiels n’abordent pas encore, le devenir de ces femmes une fois alphabétisées et leur capacité à accéder effectivement au marché du travail formel.
L’alphabétisation, point de départ d’une chaîne encore incomplète
C’est précisément là que le capital accumulé risque de rester inexploité. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), une augmentation de 1 % du niveau d’alphabétisation entraîne une hausse de 2,5 % de la productivité et jusqu’à 1,5 % de gain du PIB par habitant. Pour une économie dont le produit intérieur brut (PIB) est estimé à 269 milliards de dollars en 2024 selon le Fonds monétaire international (FMI), et dont la Banque mondiale souligne la nécessité de renforcer la productivité hors hydrocarbures pour soutenir une croissance durable, l’enjeu est considérable. Encore faut-il que les diplômés des classes d’alphabétisation ne s’arrêtent pas à la lecture et à l’écriture de base.
En 2024-2025, seulement 1 880 diplômés des classes d’alphabétisation ont continué leur parcours via l’enseignement à distance et 538 autres ont rejoint la formation professionnelle. Des chiffres modestes au regard des millions d’apprenants qui ont transité par le programme depuis 2008. Chaque année supplémentaire d’instruction peut accroître les revenus individuels jusqu’à 11,4 %, selon le rapport Dynamiques du développement en Afrique 2024 de l’OCDE. La passerelle entre l’alphabétisation de base et la formation qualifiante reste donc le maillon faible de la chaîne.
Faire reculer le taux d’analphabétisme est une condition nécessaire à l’ambition de diversification économique de l’Algérie, mais elle n’est pas suffisante. L’enjeu sera désormais de mesurer combien de personnes formées acquièrent une qualification ou accèdent à l’emploi.
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