En 2024, le pays, via la Jordan Phosphate Mines Company (JPMC), a exporté pour 1 Md USD de phosphate brut majoritairement vers l’Inde (72,1 %). Le Royaume est également doté d’importantes ressources de potasse (non quantifiées à l’échelle nationale mais extraites majoritairement des saumures de la mer Morte), et en est le 8e producteur mondial – et le seul pays arabe–, avec près de 3M t annuellement.
L’Arab Potash Company (APC), qui exploite les réserves de potasse dans le cadre d’une concession de 100 ans signée en 1958, a exporté pour 723 M USD en 2024, principalement vers les marchés asiatiques (50,1 %), dont 15,4% vers la Chine et 12,7 % vers l’Inde, contre 12,2 % pour l’Europe.
La Jordanie est parvenue à tirer parti de ses ressources minières en aval de la chaîne de valeur, en développant une industrie locale d’engrais phosphatés, potassiques, ou encore composés (plus complexes), ces derniers par le biais de la coentreprise de JPMC et APC, la Nippon-Jordan Fertilizer Company (NJFC).
En 2024, les exportations d’engrais ont rapporté 1,2 Md USD, plaçant la Jordanie au 16ème rang des exportateurs mondiaux. Près de la moitié de ces exportations (47,4 %) sont à destination de l’Asie. Les principaux clients bilatéraux sont l’Inde (18,1 %), les États-Unis (12,9 %) et la Chine (9,2 %). Les marchés européens sont quant à eux destinataires de 13,5 % des exportations, principalement l’Ukraine (5,4 %) et la Belgique (3,4 %) tandis que la France reste un client marginal (0,0048 %).
La Jordanie a vu ses parts de marché progresser lors des deux épisodes de perturbations de l’offre mondiale d’engrais en 2022 puis en 2026.
Lors de la guerre en Ukraine d’abord, et les sanctions contre la Russie et la Biélorussie qui s’en sont suivies. Alors que les exportations de ces deux nations productrices de potasse et d’engrais étaient restreintes, plusieurs pays, dont la Jordanie, ont tiré profit de la redirection d’une partie de la demande.
Cette même année, le bénéfice net de l’APC a bondi de +177 % en glissement annuel, atteignant un record de 601 M JOD/847 M USD (contre 217 M JOD/306 M USD en 2021). En 2026, alors que le conflit au Moyen-Orient a affecté, à nouveau, la chaîne de valeur mondiale des engrais, la filière jordanienne a pu bénéficier de sa moindre exposition, le pays disposant de ses propres matières premières et étant indépendant du détroit d’Ormuz pour ses échanges commerciaux.
Au S1 2026, le chiffre d’affaires de l’APC a ainsi augmenté de +28 %, atteignant 374 M JOD/527 M USD, tandis que son bénéfice net a doublé pour atteindre 134 M JOD/188 M USD (contre 63 M JOD/88 M USD au S1 2025).
Dans ce contexte, le Royaume a lancé une stratégie de développement industriel du secteur visant à créer davantage de valeur ajoutée sur son territoire et renforcer son positionnement en Europe.
Ce plan repose sur la production d’une nouvelle formule d’engrais, plus complexe, et recherchée par l’Union européenne ainsi que l’adoption de normes environnementales, notamment pour répondre au Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF).
Par suite, JPMC et APC ont signé un accord de partenariat stratégique pour créer une nouvelle coentreprise, la Jordanian Advanced Company for Specialized Fertilizer Industries, qui combinera les ressources en phosphate et en potasse du Royaume pour fabriquer des engrais de spécialité.
Au-delà des ambitions nationales, reste toutefois la question de l’intérêt, pour les acteurs jordaniens du secteur, de s’aligner sur les exigences élevées de l’UE, alors même que la demande mondiale pour les engrais classiques connaît une forte progression.
Source Ambassade de France en Jordanie
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