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#Economie #Guerre #Investissement #ISRAEL
Denys Bédarride
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Jeudi 6 Août 2026 à 06:15

Israël affiche historiquement un taux d’investissement public faible. Ce taux, autour de 3% du PIB dans les années 90, a reculé à 2% entre 2004 et 2014, avant de remonter progressivement, autour de 2,5% du PIB. Ce niveau reste cependant éloigné de celui des pays européens similaires (Europe du Nord notamment), qui affichent des taux stables, autour de 4% du PIB. Il résulte de cette situation une absence de rattrapage du gap d’investissement de la part d’Israël, où le stock de l’investissement public rapporté au PIB a reculé de près de 50% en 1990 à moins de 35% aujourd’hui, alors même que le dynamisme démographique (naturel comme migratoire) du pays ainsi que ses besoins en matière de transition énergétique ou d’aménagement homogène du territoire justifieraient une accélération de l’investissement public.

Un comblement du gap d’investissement supposerait dès lors un effort additionnel de 3 à 4% du PIB par an. Ce gap d’investissement entraîne des goulots d’étranglement dans l’économie.

Peu habitué à mener de grands projets d’infrastructures en raison de sa petite taille, de la concentration de sa population et de l’absence d’intégration régionale, Israël ne dispose pas d’un cadre intégré (institutionnel et corpus réglementaire) pour la conduite des grands projets d’investissement public, a fortiori dans un cadre pluriannuel. Il en résulte une profusion d’acteurs, des modes de contractation hétérogènes (et souvent désalignés des standards internationaux), un déficit de main d’œuvre spécialisée ainsi qu’une tendance à favoriser les investissements sous forme de PPP (les taux de rendements des projets d’infrastructures en Israël étant par ailleurs bien inférieurs à ceux des secteurs technologiques).

Les retards de développement qui en découlent (durée de mise en œuvre des projets évaluée au triple de celle prévalant en Corée du Sud) affectent dès lors la productivité des entreprises. La concentration des infrastructures publiques nationales autour de la région centrale du Gush Dan renforce par ailleurs la polarisation des activités économiques et la pression foncière dans cette région, limitant le développement de métropoles d’équilibre.

L’élasticité élevée de la productivité des entreprises à l’investissement public justifie un ciblage sur quelques secteurs clés.

Une étude récente du cercle de réflexion Taub identifie l’éducation et l’énergie comme les facteurs auxquels la productivité des entreprises israéliennes est la plus élastique. Les investissements publics en matière de transports et de santé affichent en revanche des élasticités plus faibles.

Selon cette étude, un investissement de 1 Md ILS dans le secteur de l’éducation ou de l’électricité engendrerait une hausse de 1,1 point de PIB du secteur privé, tandis qu’un investissement d’un même montant dans le domaine de la santé entrainerait un gain de 0,9 point de PIB du secteur privé, et 0,2 point pour un investissement dans les transports (ferroviaire et/ou routier). Ce dernier secteur affiche cependant une élasticité sensiblement plus élevée (près de 1,2) pour le secteur des hautes technologies, le plus productif de l’économie.

L’impact budgétaire et opérationnel de la guerre pourrait retarder les projets en cours.

La dégradation des conditions sécuritaires depuis le 7 octobre, l’impact de la guerre sur la main d’œuvre (rappel des experts expatriés, renvoi des travailleurs palestiniens et mobilisation des réservistes) ainsi que la concentration des priorités budgétaires sur l’effort de guerre ont affecté le développement des grands projets en cours. Si aucun n’a été formellement remis en cause, leur calendrier a en moyenne été décalé de 18 mois.

Afin d’éviter un creusement additionnel de ces retards, il importe désormais, comme le recommande le FMI dans son rapport Article IV pour 2026, de reprioriser les secteurs d’infrastructures sous-investis (éducation notamment), de créer les conditions (notamment contractuelles) permettant une large participation des acteurs les plus performants (y compris internationaux) et de mettre en place un cadre réglementaire et administratif propice à une vision stratégique à long terme du développement des infrastructures sur l’ensemble du territoire.

Source Ambassade de France à Tel Aviv

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