Pour Chypre, exporter du gaz est une ambition vieille de quinze ans. Une ambition qui rejoint celle de l’Égypte, déterminée à s’imposer comme le hub gazier de la Méditerranée orientale.
Chypre va produire du gaz. L’Égypte va le liquéfier et l’exporter vers l’Europe. Le 28 juillet, la multinationale italienne Eni et sa partenaire française TotalEnergies ont annoncé avoir pris la décision finale d’investissement (FID) pour le développement du champ gazier Cronos, premier projet gazier de l’histoire de Chypre, situé en eaux profondes.
Le montant de l’investissement n’a pas été précisé par les deux compagnies. Eni et TotalEnergies soulignent toutefois que l’utilisation des infrastructures existantes en Égypte, notamment les installations de Zohr et l’usine de liquéfaction de Damietta, permet de réduire significativement les coûts de développement et d’accélérer la mise en production du champ.
Situé dans le bloc 6 à environ 185 kilomètres au sud-ouest de Chypre, ce gisement recèle plus de 3 tcf de gaz. Quatre puits sous-marins sont prévus pour alimenter un pipeline qui acheminera le gaz vers l’Égypte, où il sera traité dans les installations du champ Zohr avant d’être liquéfié à l’usine de Damietta pour être exporté vers l’Europe.
La première production est attendue en 2028, avec un plateau d’environ 500 millions de pieds cubes par jour, soit 2,8 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an. Le groupe TotalEnergies commercialisera 50 % de ce volume.
Le choix de l’Égypte comme hub n’est pas un hasard. Les usines de liquéfaction d’Idku et de Damietta sont les seules grandes infrastructures de GNL entièrement opérationnelles en Méditerranée orientale, rapporte Prospect Intelligence.
« La sélection de l’Égypte reflète son infrastructure intégrée et son statut de partenaire régional fiable », a déclaré le ministre égyptien du Pétrole et des Ressources minérale, Karim Badawi, cité par Daily News Egypt. Selon lui, cette étape « confirme la position de l’Égypte comme hub régional de trading gazier et comme porte d’accès à l’exportation du gaz de la Méditerranée orientale vers les marchés mondiaux ».
Ce modèle repose sur des accords commerciaux et contractuels conclus après la signature d’un accord gouvernemental entre Chypre et l’Égypte en février 2025. Ces accords définissent les conditions d’utilisation des infrastructures offshores de Zohr, du transit du gaz à travers l’Égypte, de la liquéfaction à Damietta et de la vente du GNL.
Un paradoxe révélateur du rôle stratégique de l’Égypte
Redevenue importatrice nette de gaz depuis le déclin de la production du champ Zohr, l’Egypte importe aujourd’hui du GNL pour couvrir sa propre demande, tout en s’apprêtant à liquéfier et exporter le gaz chypriote vers l’Europe.
« Cronos marque une étape concrète dans le positionnement de Chypre comme producteur et exportateur de gaz européen et ouvre la voie à un hub gazier régional en Méditerranée orientale en s’appuyant sur les infrastructures existantes en Égypte », a déclaré le PDG d’Eni Claudio Descalzi.
Son homologue de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a ajouté que « cette nouvelle route gazière en Méditerranée contribuera à la sécurité énergétique de l’Europe en diversifiant ses sources d’approvisionnement en GNL ». Une diversification devenue urgente depuis la fermeture du détroit d’Ormuz en février 2026, qui a perturbé les flux mondiaux de GNL et alourdi la facture énergétique de plusieurs pays européens.
Cronos n’est par ailleurs que le début. Des ressources supplémentaires dans le bloc 6, notamment la découverte Zeus réalisée en 2022, pourraient être développées à l’avenir, ont indiqué les deux compagnies.
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