Algérie : Le Hirak comme nouveau questionnement de la place des femmes dans la société algérienne
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Janos Fernandez
vendredi 6 mars 2020 Dernière mise à jour le Vendredi 6 Mars 2020 à 15:23

Pour célébrer à la fois le premier anniversaire du Hirak et la journée de la femme, Ecomnews Med vous propose un focus sur la place des femmes dans les mouvements populaires qui agitent et animent le pays, en nous inspirant d’un long article de l’écrivaine Maïssa Bey* paru dans Le Monde du 29 février.

Femmes défilant durant la guerre d’Algérie.

 

Face à la présence massive des femmes dans les manifestations du Hirak, les réactions d’étonnement sont fréquentes de la part des observateurs étrangers soulignant le caractère remarquable de la femme algérienne, belle et libre. Perception certes naïve mais généralement flatteuse.

Cependant ces réactions traduisent surtout une certaine ignorance de la place de la femme algérienne au sein des évènements qui ont marqué l’histoire du pays.

En effet les contestations et mouvements populaires qui ont rythmé la vie algérienne depuis soixante ans ont eu leur part féminine depuis la guerre de libération jusqu’à l’Hirak aujourd’hui.

Le 11 décembre 1960, elles ont manifesté en masse leur soutien au FLN dans les rues d’Alger et en 1962 ont réclamé une République civile contre l’installation des militaires au pouvoir.

Et en plein coeur des Années Noires opposant gouvernement et islamistes, elles étaient en nombre lors de la manifestation le 22 mars 1993 contre le terrorisme.

Et pourtant, leur rôle a été bien mal reconnu, sinon en promulguant en 1984 le code de la famille inspiré de la charia et qui reste encore discriminatoire malgré les amendements apportés.

Rien d’étonnant donc à la présence massive des femmes dans le mouvement actuel, leur engagement remontant à bien avant.

Et comment un mouvement ayant pour ambition de mettre fin à des pratiques antidémocratiques installées depuis la constitution de l’Etat pourrait-il envisager de négliger ces militantes, jeunes ou moins jeunes, mères de famille, étudiantes, intellectuelles et ouvrières ?

Et pourtant, la cause des femmes avance difficilement, entre jeunes révolutionnaires mais étrangement conservateurs, forces de sécurité qui molestent et emprisonnent, bref le défilé habituel des attitudes « mâles » dans toute leur splendeur…

Les préjugés restent tenaces et si les Algériens sont en train de se réapproprier leur histoire, il n’est pas évident que les Algériennes bénéficient immédiatement d’une mutation sociale qui leur redonnerait enfin leur place…

 

* Maïssa Bey est une écrivaine née en 1950. Professeure de français, elle publie au coeur de la décennie noire en 1996 son premier roman Au commencement était la mer qui pose les thèmes qui définiront son oeuvre : incommunicabilité, obscurantisme, poids des traditions. Son oeuvre récompensée plusieurs fois compte une douzaine de livres publiés aux Editions de l’Aube.

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