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#Actualite #Economie #Energie #Logistique #EGYPTE #Suez
Denys Bédarride
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Mercredi 12 Août 2026 à 06:02

Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les perturbations affectant les principales routes maritimes ont donné une nouvelle acuité à la stratégie de l’Égypte visant à consolider son rôle de pivot énergétique et logistique régional. Sa position géographique apparaît désormais essentielle à la sécurisation des échanges entre le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Europe.

Cette évolution est particulièrement visible dans le domaine énergétique. Dès les premières semaines du conflit, le corridor d’exportation du pétrole brut saoudien via l’Égypte a retrouvé une importance stratégique. Le pétrole est acheminé par l’oléoduc saoudien Est-Ouest jusqu’au port de Yanbu sur la côte saoudienne de la mer Rouge, vers lequel plus de 70 % des exportations saoudiennes de pétrole avaient été réorientées à la mi-juillet 2026.

Certains flux sont ensuite transportés par voie maritime jusqu’à Ain Sokhna. Il transite ensuite par le pipeline terrestre SUMED (Arab Petroleum Pipelines Company – détenu à 50 % par la société publique égyptienne EGPC, 15 % par Saudi Aramco, 15 % par le fonds émirien Mubadala Investment Company, 15 % par la Kuwait Investment Authority et 5 % par Qatar Energy), qui relie la mer Rouge à la Méditerranée, avant d’être exporté vers les marchés internationaux.

Ce corridor offre une capacité d’acheminement pouvant atteindre environ 2,5 millions de barils par jour, tous flux confondus. En complément, l’Égypte a ouvert à la location dix installations de stockage de pétrole brut et de produits raffinés sur la mer Rouge. Avec des capacités excédentaires estimées à 29 M de barils, elle cherche également à se positionner comme un hub régional de stockage, de transit et de redistribution des hydrocarbures.

Dans le domaine logistique, l’Égypte s’affirme parallèlement comme une nouvelle plateforme de transit entre l’Europe et les pays du Golfe.

Cette évolution repose sur le développement de ses infrastructures portuaires, notamment les hubs d’Ain Sokhna, d’East Port Said et de Safaga, ainsi que sur une transformation profonde de ses infrastructures intérieures.

Le pays développe ainsi huit corridors multimodaux, articulés autour de plusieurs projets d’infrastructures majeurs, parmi lesquels le réseau ferroviaire à grande vitesse porté par Siemens, qui comprend une composante de fret, et les ports secs du 6 Octobre et du 10 Ramadan. La réhabilitation du réseau ferroviaire de marchandises est complétée par la construction d’une liaison stratégique de 275 kilomètres entre Taba, dans le golfe d’Aqaba, et El Arish, dans le nord du Sinaï. Depuis 2014, près de 6 500 kilomètres de routes nouvelles ont par ailleurs été construits et environ 8 500 kilomètres d’axes existants modernisés, facilitant la circulation des marchandises le long des principaux corridors logistiques.

Le développement rapide de nouvelles routes commerciales a permis l’acheminement de certaines marchandises, notamment de produits agroalimentaires et pharmaceutiques, jusqu’à la côte méditerranéenne, avant leur transfert par voie terrestre vers la mer Rouge puis leur réexportation maritime vers les ports saoudiens. Elles peuvent ensuite être distribuées vers Riyad, Dammam, le Koweït ou Dubaï.

Les autorités égyptiennes font état d’une hausse des flux de transit proche de 40 % depuis le déclenchement de la crise.

Le canal de Suez conserve également un rôle central.

Bien que son utilisation demeure exposée aux tensions régionales, il constitue une voie de contournement essentielle des zones de blocage potentielles du Golfe persique pour les flux en provenance d’Asie ou d’Europe à destination des ports saoudiens de la mer Rouge, notamment Djeddah et King Abdullah Port. Afin d’éviter le détroit de Bab el-Mandeb, où les risques d’attaques houthies sont les plus élevés, les armateurs privilégient des services de navettes maritimes.

Des navires de tonnage intermédiaire relient ainsi les hubs méditerranéens, tels que Tanger Med, Algésiras et Port-Saïd, aux ports saoudiens via le canal de Suez, avant de rebrousser chemin.

Les autorités affichent désormais leur volonté de pérenniser ces corridors et de développer deux « routes commerciales arabes », lancés sous l’impulsion du président Sissi. Un axe Nord relierait Alexandrie à la Jordanie, à la Syrie et à l’Irak, tandis qu’un axe Sud relierait Assouan et les ports de Safaga et de Bérénice à l’Afrique orientale et à la péninsule Arabique.

Cette stratégie d’infrastructures s’accompagne enfin d’un effort de facilitation des échanges.

Certaines marchandises en transit vers les pays du Golfe sont désormais exemptées de l’enregistrement préalable sur la plateforme Nafeza. L’Égypte prépare également son intégration opérationnelle au système de transit international routier TIR, actée en juillet 2026, qui devrait intervenir dans un délai de 6 mois. Porté par l’Union internationale des transports routiers et soutenu par les Nations unies, ce mécanisme, adopté par près de 80 pays, permet de faciliter le transit de marchandises, en excluant les cargaisons en transit de contrôle douanier.

Il intègre par ailleurs une garantie financière globale qui vise notamment à protéger les administrations douanières contre le risque financier lié à une disparition, un détournement ou une autre irrégularité concernant les marchandises en transit. I

l permet de réduire les coûts de transport de 25 à 40 % et à diminuer les délais de transit jusqu’à 80 %. Accompagnée d’un effort de numérisation des procédures et, plus largement, d’une réforme globale des douanes, cette avancée constitue une nouvelle illustration de la volonté de l’Égypte de renforcer sa compétitivité logistique.

L’Égypte cherche ainsi à capitaliser sur son avantage géographique et sur les recompositions régionales actuelles pour asseoir son positionnement durable de plateforme énergétique, maritime et terrestre entre l’Europe, le Golfe et l’Afrique.

Source Ambassade de France au Caire

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