Ankara voit en l’Afrique un partenaire commercial stratégique. Les échanges bilatéraux sont passés d’environ 3 milliards USD en 2003 à près de 37 milliards USD en 2024.
La valeur des exportations turques vers les pays africains a atteint 13,3 milliards USD durant les sept premiers mois de 2026, enregistrant ainsi une hausse de 12,6 % par rapport à la même période de 2025, selon des données rendues publiques le 23 août par le Conseil des relations économiques extérieures de Türkiye (DEIK).
Avec 2,43 milliards USD, le Maroc a été la première destination des exportations turques vers le continent entre le 1er janvier et le 31 juillet de l’année en cours, grâce à l’amélioration des relations bilatérales entre les deux pays au cours des dernières années. L’Égypte, qui a signé un accord de libre-échange avec la Turquie en 2005, arrive en deuxième position avec 2,3 milliards devant la Libye, (1,59 milliard), l’Algérie (1,09 milliard) et la Tunisie (720 millions).
Outre ces pays d’Afrique du Nord, qui sont des partenaires commerciaux traditionnels du pays transcontinental situé au carrefour de l’Europe et de l’Asie, les exportations turques ont connu de fortes progressions vers plusieurs pays d’Afrique subsaharienne durant les sept premiers mois de 2026. Le Nigeria a enregistré la plus forte croissance parmi l’ensemble des marchés africains, avec une hausse de 52,1 % des exportations turques durant la période sous revue, à 453,2 millions USD. Les exportations vers l’Afrique du Sud ont également progressé de 31,3 %, à 479 millions USD.
Le président du Conseil de coordination des Conseils d’affaires turco-africains relevant du Conseil des relations économiques extérieures de Türkiye, Osman Aksoy, a estimé que la hausse des exportations turques vers le continent repose en premier lieu sur la diplomatie commerciale menée par Ankara depuis plusieurs années. « Cet élan sur le marché africain n’est pas le fruit du hasard. Il est le reflet concret de la diplomatie commerciale que nous menons depuis de nombreuses années avec patience, sur la base du principe du bénéfice mutuel », a-t-il déclaré, cité par l’agence de presse turque Anadolu Agency.
Plusieurs leviers d’influence
M. Aksoy a d’autre part indiqué que l’augmentation des exportations turques vers l’Afrique découle également l’amélioration des capacités logistiques, notant que Turkish Airlines dessert plus de 60 destinations à travers l’Afrique alors que les liaisons maritimes se multiplient de nombreux pays du continent. Il a par ailleurs indiqué que l’implication croissante des entreprises turques dans le domaine du BTP en Afrique génère une demande pour les matériaux de construction et d’autres produits turcs.
La Turquie a renforcé son engagement sur le continent depuis l’adoption d’une « politique africaine » en 2003. Les échanges commerciaux bilatéraux sont passés d’environ 3 milliards USD en 2003 à près de 37 milliards USD en 2024, alors que les entreprises turques ont réalisé 1 977 projets d’infrastructures d’une valeur cumulée de 91,6 milliards USD en Afrique à la mi-novembre 2024. Ankara a utilisé plusieurs canaux pour accroître sa présence et son influence en Afrique, dont le renforcement de ses liens diplomatiques, la coopération sécuritaire et la tenue de plusieurs sommets dédiés à la coopération bilatérale.
La Turquie utilise par ailleurs des outils de soft power à l’instar de plusieurs autres puissances engagées en Afrique. La Fondation Maarif, créée par l’État, a par exemple ouvert près de 200 écoles dans une trentaine de pays africains alors que des centaines d’étudiants africains sont encouragés chaque année, à travers l’attribution de bourses, à poursuivre leurs études dans des universités turques. Des organisations religieuses et humanitaires sont aussi très actives dans la construction de mosquées, d’hôpitaux et de centres de soins.
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