Les tensions dans la mer Noire, région névralgique pour les exportations de blé, bousculent le commerce mondial de la céréale. Cette situation, qui perturbe l’approvisionnement de plusieurs pays, crée des possibilités pour d’autres acteurs du marché.
En Égypte, les exportateurs français de blé pourraient se frotter les mains dans les mois à venir. Selon les déclarations datant du 20 septembre de Sherif Farouk, ministre de l’Approvisionnement, l’Hexagone fait partie des origines désormais privilégiées par le pays des pharaons pour diversifier ses sources d’achats de la céréale en dehors de l’Ukraine et de la Russie.
Ces deux grands fournisseurs de blé de la région de la mer Noire ont intensifié, ces derniers mois, leurs attaques réciproques contre les infrastructures portuaires, les terminaux céréaliers et les navires. Une escalade qui fragilise les approvisionnements de l’Égypte et l’expose davantage à la volatilité des prix du blé provenant de ses principales origines.
Selon le Département américain de l’Agriculture (USDA), l’Égypte a importé 8,8 millions de tonnes de blé entre juillet 2025 et janvier 2026, dont 7,44 millions en provenance de ces deux pays, soit près de 85 % du total.
D’après M. Farouk, le pays attend actuellement une cargaison de 50 000 tonnes de blé français et prévoit de poursuivre ses approvisionnements auprès de la France, mais aussi d’autres origines européennes, notamment la Bulgarie et la Roumanie.
Une opportunité à consolider
Cette perspective a de quoi réjouir la filière française, qui vient de réaliser une percée au Soudan voisin, avec l’annonce d’une expédition de 67 000 tonnes de blé, une première depuis 18 ans.
S’il est vrai qu’en Égypte, le blé français n’a jamais disparu, sa présence s’est nettement réduite. Le pays des pharaons a privilégié la Russie et l’Ukraine en raison de prix plus compétitifs, de coûts de fret plus faibles et de délais d’acheminement plus courts vers ses ports.
D’après les données de la Commission européenne (UE), les exportations françaises de blé tendre vers l’Égypte sont passées de 2,14 millions de tonnes en 2014/2015 à 768 296 tonnes en 2025/2026.
Pour les exportateurs français, la recrudescence des attaques en mer Noire ouvre donc une nouvelle fenêtre d’opportunité à court terme. Le renchérissement des assurances, les retards d’embarquement et les incertitudes sur la disponibilité des cargaisons russes et ukrainiennes peuvent rendre la céréale française plus intéressante.
Toutefois, cette situation ne garantit pas un terrain conquis. Dans un environnement où l’Égypte dispose de nombreuses alternatives, les opérateurs français devront convertir cette conjoncture en avantage commercial durable. Cela supposera de proposer des prix compétitifs, de sécuriser des volumes disponibles au bon moment et de fournir des conditions de livraison fiables. L’enjeu logistique sera central, avec des exportateurs qui devront se différencier par la qualité de service, notamment leur capacité à livrer les volumes requis dans les délais et à offrir une visibilité suffisante sur les expéditions.
« Ce sont moins les exportateurs français qui se repositionnent que les pays importateurs qui reconsidèrent leurs approvisionnements. […] Il faut rester prudent. La France dispose cette année d’un blé de très bonne qualité. La récolte est plus faible que prévu, autour de 32 millions de tonnes, mais la qualité est excellente et le blé est très bien placé pour l’exportation. Cela étant, une partie des volumes devra également servir au marché intérieur, notamment du fait de la mauvaise récolte de maïs et des besoins en alimentation animale. On ne peut donc pas dire que la France disposera de volumes illimités. Mais elle peut redevenir une origine plus attractive pour les pays qui cherchent à diversifier leurs approvisionnements », avait confié à l’Agence Ecofin, début septembre, François Luguenot, analyste du marché des céréales.
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