Très dépendante des importations d’énergie, la Corée du Sud cherche à diversifier ses approvisionnements alors que les tensions au Moyen-Orient fragilisent ses routes traditionnelles. La Libye s’inscrit dans cette stratégie.
La Corée du Sud envisage de proposer à la Libye une initiative de coopération dans le raffinage du pétrole brut, avec l’objectif de contribuer à l’approvisionnement du marché libyen en essence et en diesel. Séoul étudie également la possibilité de réserver une partie de la production libyenne à l’exportation vers la Corée du Sud. Ces deux pistes ont été évoquées le 28 septembre à Tripoli, lors du Forum de coopération économique Libye-Corée du Sud, consacré à la relance des échanges, des investissements et des partenariats entre les deux pays.
Pour Tripoli, le développement du raffinage local permettrait de mieux répondre à la demande intérieure en produits pétroliers. Quant à Séoul, l’accès à du brut libyen constituerait une source d’approvisionnement supplémentaire, dans un contexte où le pays cherche à réduire sa forte dépendance aux importations en provenance du Moyen-Orient.
Le brut libyen intéresse Séoul dans sa diversification
La Corée du Sud couvre 94 à 97 % de ses besoins énergétiques par des importations. Elle consomme entre 2,5 et 2,8 millions de barils de brut par jour et dispose de 3,5 à 4 millions de barils par jour de capacités de raffinage. Faute de production pétrolière domestique significative, ses raffineries fonctionnent presque entièrement avec du brut importé.
Cette dépendance est également géographique. En janvier 2026, environ 70 % des importations sud-coréennes de brut provenaient du Moyen-Orient, dont une grande partie transitait par le détroit d’Ormuz. Les tensions dans la région ont conduit Séoul à rechercher des approvisionnements alternatifs. Le pays a indiqué avoir sécurisé environ 273 millions de barils par d’autres voies et activé ses réserves stratégiques.
La Libye avait déjà été sollicitée dans cette démarche. En avril, le vice-ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Park Jong-han, s’était rendu en Libye et en Algérie pour discuter notamment de possibles livraisons de brut et de naphta. Tripoli avait alors indiqué pouvoir affecter du pétrole à la Corée du Sud, sous réserve de conditions techniques et financières.
La proposition présentée fin septembre prolonge donc ces échanges en envisageant deux débouchés pour le brut libyen : sa transformation sur place afin d’alimenter le marché local et, parallèlement, l’exportation d’une partie de la production vers la Corée du Sud. Aucun accord formalisé sur ces deux volets n’a toutefois été annoncé.
Une coopération énergétique au cœur d’un rapprochement plus large
Cette initiative s’inscrit dans la relance d’une relation économique ancienne. Depuis l’établissement des relations diplomatiques en 1980, des entreprises sud-coréennes ont obtenu 36,7 milliards de dollars de contrats en Libye, notamment dans la construction, l’ingénierie et le projet de Grande Rivière artificielle.
Séoul cherche aujourd’hui à renforcer cette présence. En avril, le ministère libyen de l’Économie et du Commerce avait invité les entreprises sud-coréennes ayant déjà opéré dans le pays à reprendre leurs activités.
Le forum de septembre vise justement à élargir la coopération aux investissements, aux partenariats, au transfert de technologies et à la coopération technique. LG, Samsung et Hyundai y ont participé aux côtés d’acteurs libyens. Hyundai intervient déjà dans des projets de production électrique en Libye.
Les échanges commerciaux restent toutefois limités au regard de cette ambition. En 2025, les exportations sud-coréennes vers la Libye ont atteint environ 455 millions de dollars, contre 138 millions de dollars d’exportations libyennes vers la Corée du Sud, principalement composées de combustibles minéraux, d’aluminium et de plomb. Le raffinage en Libye et l’exportation potentielle de brut vers la Corée du Sud constituent ainsi deux pistes pour élargir la dimension industrielle de ce rapprochement.
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