Après un mois de conflit, que l’État libanais subit malgré lui depuis le 1er mars 2026 et les tirs du Hezbollah sur Israël, les conséquences pour le Liban sont déjà critiques, dépassant celles du précédent conflit.
Les destructions, qui avaient représenté un coût direct et indirect de 14 Mds USD lors de la guerre de septembre-novembre 2024, pourraient être encore plus élevées ; le ministère de l’Agriculture estime ainsi qu’1/5ème de la surface agricole du pays est touchée, directement ou non, par le conflit, avec ¾ des agriculteurs du Sud ayant dû quitter leurs terres, conduisant à des pertes qui s’élèvent jusqu’à 50 % dans certains secteurs (fruits, olives, miel, viande bovine et ovine notamment).
Le nombre de déplacés a dépassé le million de personnes, soit plus d’un cinquième de la population du pays, bien plus que le pic de 2024. De même, les prix de l’énergie augmentent sensiblement, avec une hausse de près de 50 % pour le diesel, utilisé pour les générateurs privés, qui sont la principale source de production d’électricité, l’entreprise nationale Électricité du Liban ne fournissant que 6 à 8 heures d’électricité par jour.
Cette situation dégrade l’ensemble des indicateurs macroéconomiques et les finances publiques du pays
Au mois de mars, les revenus de l’État ont diminué de 30 % par rapport à ceux de janvier, alors que les recettes sont censées être plus élevées du fait de la perception des impôts fonciers ; la baisse attendue est même de 50 % pour le mois d’avril, du fait de la diminution de la consommation et de l’incapacité des déplacés à s’acquitter des impôts dus. Les transferts issus de la diaspora devraient aussi diminuer, à hauteur de 20 % en cumulé, alors qu’ils représentent en temps normal quasiment 1/5ème du PIB libanais. La contraction du PIB en 2026 pourrait ainsi être de 12 à 16 %, d’après une récente étude de l’Institute of International Finance (IIF).
Les besoins financiers du Liban vont devenir en conséquence de plus en plus pressants
La balance externe devrait se dégrader fortement, avec la hausse du coût des importations de pétrole et la baisse des flux financiers extérieurs. Les besoins en devises sont d’environ 400 M USD par mois, pour couvrir à la fois les circulaires de la Banque du Liban autorisant les retraits de dollars « frais » et certains transferts notamment sociaux et le paiement des salaires des fonctionnaires. L’idée commence à émerger de solliciter auprès des institutions financières internationales des facilités de paiement, et auprès des pays « amis du Liban » un soutien d’urgence.
Le conflit, enfin, a une incidence sur le calendrier des réformes économiques, pourtant nécessaires à toute perspective de reprise et de croissance durable au Liban.
L’objectif de présenter lors des assemblées annuelles de printemps du FMI un cadre budgétaire de moyen terme endossé en conseil des ministres ainsi qu’une loi sur la résolution bancaire amendée et votée paraît aujourd’hui intenable, tant du fait des contraintes macroéconomiques que de l’arrêt de factodes travaux au Parlement.
Si les équipes des ministères continuent à travailler en temps masqué, la perspective d’un programme FMI s’éloigne, alors même qu’il devient la seule porte de sortie économique pour un pays au bord du gouffre.
Source : Ambassade de France à Beyrouth





















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