La Jordanie dépend à 80 % du gaz pour sa production électrique, dont 60 % de gaz naturel israélien. 300 M pieds cubes/jour sont envoyés à l’opérateur national jordanien NEPCO, depuis le champ gazier de Léviathan, et 20 M pieds cubes/jour aux usines de potasse, depuis le champ de Tamar. L’Égypte fournit quant à elle 30 pieds cubes/jour. Pour combler le reste de ses besoins, la Jordanie importe du gaz naturel liquéfié (GNL), notamment des États-Unis et du Qatar.
Avec Israël, le Royaume est lié par un accord de long terme (15 ans), dont il ne peut de désengager.
Cet accord est sujet à controverse en raison de clauses de pénalités asymétriques (1,5 Md USD si défaillance côté jordanien, contre 1,2 Md USD côté israélien) et d’une gestion du gazoduc confiée à une entreprise égyptienne et non aux autorités jordaniennes. D’autre part, ce contrat take or payempêche la Jordanie de réduire de plus de 20 % le volume de ses importations et l’oblige, dans tous les cas, à payer pour la quantité fixée (i.e 300 M pieds cubes /jour).
Pour autant, en termes financiers, l’engagement est plutôt favorable au Royaume : avant la guerre, les tarifs étaient d’environ 6 USD/ M Btu, soit bien en dessous du prix du GNL importé, estimé à 8 – 12 USD / M Btu. Néanmoins, le contrat étant indexé sur le prix du pétrole brut, la hausse actuelle des cours devrait avoir une incidence sur le coût des importations.
La guerre des 12 jours puis la guerre au Moyen-Orient ont révélé les risques liés à cette dépendance aux importations gazières israéliennes.
Après un premier arrêt des livraisons par Israël en 2025, pour un coût estimé à 25 M USD, la suspension, à nouveau cette année, des exportations jusqu’au 3 avril a mis sous tension la production électrique. Le partenariat avec l’Égypte a partiellement compensé la perte du gaz israélien avec le renouvellement du contrat pour la location de l’unité de stockage et de regazéification offshore à Aqaba et une hausse de +30 % de la fourniture par l’Égypte d’électricité. Cependant, la hausse des exportations de GNL, dont les prix ont atteint jusqu’à 25 USD / M Btu au plus fort de la crise, et les mesures d’atténuation mises en place – recours au diesel et fioul lourd pour les centrales électriques et arrêt des livraisons de gaz à certaines usines – ont représenté un coût non négligeable : 100 M JOD (141 M USD) sur 33 jours, supportés entièrement par NECPO, déjà structurellement déficitaire.
À souligner que la suspension a eu aussi pour conséquence une priorisation des besoins domestiques, coupant toute (re)exportation vers la Syrie et ce jusqu’à mi-avril.
La Jordanie a pris conscience de la nécessité d’un virage pour renforcer sa sécurité énergétique.
Le pays mise en priorité sur le développement du champ gazier de Risha dont les réserves ont été réévaluées fin 2024 (de 3 tcf à 12 tcf). L’objectif est d’atteindre une production de 418 M pieds cubes/ jour en 2029 et 812 M pieds cubes/jour en 2035, contre environ 75 M pieds cubes aujourd’hui. Dans cette perspective, un accord a été conclu fin 2025 entre la National Petroleum Company et la Kuwait Drilling Company pour forer 80 nouveaux puits.
Le champ pourrait être raccordé à l’Arab Gas Pipeline, pour un montant estimé à 985 M USD. Un projet d’unité de regazéification onshore à Aqaba, d’une capacité maximale de 700 M pieds cubes / jour pour un montant de 150 M USD, a par ailleurs été lancé en 2024, avec une mise en service prévue pour fin 2026. La Jordanie cherche, en parallèle, à diversifier ses sources d’approvisionnement, à l’image des discussions en cours avec l’Algérie pour l’importation de GNL, des contrats qui sont toutefois voués à constituer des sources d’approvisionnement complémentaires et non de substitution au gaz israélien.
Source Ambassade de France en Jordanie
























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