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#Commerce #Economie #EGYPTE #Suez
Denys Bédarride
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Mercredi 26 Août 2026 à 05:02

Le canal de Suez retrouve progressivement une partie de son trafic et de ses recettes. Mais entre tensions au Moyen-Orient, reprise inégale selon les navires et résurgence de la piraterie somalienne, le retour à la normale reste incertain.

Le détournement d’un pétrolier jeudi 20 août, au large du Yémen, rappelle que la route maritime reliant l’océan Indien à la mer Rouge demeure exposée à plusieurs menaces. Six hommes armés se sont emparés du Sibu 1, anciennement dénommé Seamull, avant de le diriger vers la Somalie. L’incident intervient alors que le trafic du canal de Suez vient d’atteindre son plus haut niveau depuis janvier 2024, selon Lloyd’s List Intelligence.

Cette amélioration se traduit dans les comptes égyptiens. Au deuxième trimestre 2026, les recettes du canal ont atteint 1,26 milliard de dollars, en hausse de 13 % par rapport aux trois mois précédents. La tendance s’est poursuivie ces dernières semaines. Selon Lloyd’s List Intelligence, fournisseur britannique de données sur le transport maritime, 1 088 passages ont été comptabilisés entre le 20 juillet et le 16 août, contre 1 070 au cours des quatre semaines précédentes. Ces chiffres demeurent néanmoins inférieurs de 41 % aux niveaux observés avant la crise en mer Rouge.

La reprise s’appuie d’abord sur l’accalmie qui a suivi le cessez-le-feu à Gaza en octobre 2025. Plusieurs compagnies ont progressivement réexaminé leurs itinéraires, après plus de deux ans de détours autour du cap de Bonne-Espérance. Mais la guerre impliquant l’Iran, puis la réapparition d’attaques en mer Rouge, ont empêché une normalisation complète.

Une reprise tirée par les pétroliers

Au deuxième trimestre 2026, les pétroliers constituaient la première catégorie de navires empruntant le canal de Suez, avec 1 526 passages sur 3 580, soit près de 43 % du total. Leur fréquentation a augmenté de 22,3 % sur un an. Cette progression reflète en partie la réorganisation des flux énergétiques depuis les perturbations du détroit d’Ormuz, où le trafic demeure fortement réduit. L’Arabie saoudite a notamment redirigé une partie de son pétrole vers le port de Yanbu, sur la mer Rouge, grâce à son oléoduc traversant le pays.

Certains chargements remontent ensuite vers Suez, ce qui leur permet d’éviter aussi le passage de Bab el-Mandeb. La hausse des transits pétroliers traduit donc autant une adaptation aux crises régionales qu’un retour général de la confiance. La dynamique récente ne se limite toutefois plus aux hydrocarbures. Lloyd’s List souligne que l’accélération enregistrée entre juillet et août est également portée par les porte-conteneurs.

Maersk estime que plus de 30 % de ses volumes entre l’Asie et l’Europe auparavant détournés autour de l’Afrique ont retrouvé la route de Suez. L’armateur danois a rétabli en juillet le passage par la mer Rouge de son service WAF6, reliant le Moyen-Orient, la Méditerranée et l’Afrique de l’Ouest. La compagnie précise toutefois que d’éventuels passages supplémentaires resteront conditionnés à la sécurité. C’est dans cet environnement encore incertain que réapparaît la piraterie somalienne.

Selon Danish Shipping, sur la base des données du Bureau maritime international, 13 incidents ont été recensés entre janvier et juillet au large de la Somalie, contre cinq sur toute l’année 2025. Ce niveau est le plus élevé depuis dix ans, mais reste très éloigné des plus de 200 attaques annuelles enregistrées au plus fort de la crise entre 2009 et 2011.

Les prochains chiffres de fréquentation permettront de déterminer si le retour des porte-conteneurs se confirme malgré ces menaces. Pour l’Égypte, la consolidation des recettes dépendra autant de l’évolution du conflit régional et de la lutte contre la piraterie en Afrique de l’Est que de la capacité des opérateurs portuaires à absorber le trafic retrouvé. Pour sécuriser la zone, les pays de la région associés dans le cadre du code de conduite de Djibouti, un accord de coopération contre la piraterie dans l’océan Indien et le golfe d’Aden, ont récemment acté le principe d’une force navale conjointe, dont le financement reste toutefois à définir.

La réponse repose donc encore largement sur les dispositifs internationaux déjà déployés. Début juillet, l’opération antipiraterie EUNAVFOR Atalanta de l’Union européenne a ainsi coordonné l’intervention menée après l’attaque du Golden Arsenal, à environ 110 milles nautiques de Bosaso, en Somalie. Les assaillants ont quitté le vraquier avant l’arrivée d’une équipe de la marine indienne, qui l’a sécurisé et permis à l’équipage de reprendre son voyage.

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