Malgré une économie relativement diversifiée et des réformes du marché du travail, l’emploi au Maroc reste largement dominé par des activités non déclarées. Celles‑ci absorbent une grande partie de la main‑d’œuvre tout en posant des défis durables en matière de productivité et de protection sociale.
La Commission économique pour l’Afrique des Nations unies (CEA) estime qu’entre 60 et 80 % de la population active marocaine exerce une activité dans le secteur informel. Publiée en novembre 2025 dans le rapport régional sur les Objectifs de développement durable, cette estimation met en lumière le caractère structurel de l’informalité, présente aussi bien en milieu urbain que rural. Elle recouvre des réalités diverses, allant des travailleurs indépendants aux petites unités non enregistrées, en passant par une part importante de l’emploi agricole.
Les données nationales viennent renforcer ce constat. Le Haut‑Commissariat au Plan (HCP) indique que le Maroc comptait plus de 2 millions d’unités de production informelles en 2023, principalement concentrées dans le commerce, les services et l’artisanat. L’institution souligne que l’informel demeure un canal majeur d’insertion sur le marché du travail, notamment pour les actifs peu qualifiés et les jeunes, dans un contexte où la création d’emplois formels reste insuffisante pour absorber la croissance de la population active.
À l’échelle internationale, la Banque mondiale rappelle que ce secteur joue un rôle d’amortisseur social en offrant des opportunités de revenus à une large frange de la population. Toutefois, elle souligne également que la prédominance de l’informel limite les gains de productivité, restreint la mobilisation des ressources fiscales et freine l’extension de la protection sociale.
À terme, cette situation contribue à maintenir une segmentation du marché du travail et à ralentir la montée en gamme de l’économie marocaine.
À moyen terme, la réduction progressive de l’informalité repose sur une approche graduelle. La CEA met en avant la nécessité de combiner des politiques ciblées, incluant la simplification des procédures de formalisation, l’élargissement de la couverture sociale et le soutien aux très petites entreprises. L’objectif n’est pas de faire disparaître l’informel, mais de faciliter son intégration progressive dans l’économie formelle, tout en améliorant la qualité et la stabilité des emplois.





















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