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Denys Bédarride
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Samedi 30 Mai 2026 à 08:54

Hub commercial historique, porte d’entrée méditerranéenne vers le Levant et la péninsule arabique, le Liban pourrait tirer parti des recompositions régionales engendrées par la fermeture du détroit d’Ormuz. Plusieurs initiatives conduites par les autorités libanaises attestent du moins de leur volonté de repositionner le pays au cœur des corridors régionaux de marchandises, d’énergie et de données numériques.

Ces projets s’inscrivent dans une séquence diplomatique intense marquée par la multiplication des contacts à haut niveau avec les pays voisins. Le Premier ministre Nawaf Salam s’est notamment rendu à Damas le 9 mai afin de renforcer la coopération bilatérale avec la Syrie tandis que le ministre de l’Énergie Joe Saddi s’est rendu au Caire le 6 mai pour des discussions avec les autorités égyptiennes consacrées aux dossiers énergétiques et aux infrastructures régionales.

En outre, le président Joseph Aoun exprimait le 25 février sa volonté d’inclure le Liban dans le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC), à l’occasion de la visite de l’envoyé spécial du président de la République française pour l’IMEC, Gérard Mestrallet.

Alors que le Liban souffre d’un déficit structurel de production d’électricité, pallié par des générateurs privés coûteux et polluants, les récents accords régionaux noués par le pays visent à atténuer cette dépendance.

Le 6 mai, l’Égypte a annoncé son intention de financer la réhabilitation de la portion libanaise de l’Arab Gas Pipeline, gazoduc de 1 200 km construit au début des années 2000 reliant l’Égypte au Liban via la Jordanie et la Syrie. Menés par la joint-venture jordano-égyptienne Technical Company for Gas Pipeline Operation Services (TGS), les travaux qui portent sur près de 30 kilomètres de conduites depuis la frontière syro-libanaise serviront à alimenter le site gazier de Deir Ammar, dans le nord du pays, où le Liban envisage de construire une nouvelle centrale de 825 MW aux côtés de l’unité existante de 425 MW. En parallèle, le Liban, la Syrie et la Jordanie ont annoncé en mai un partenariat destiné à faciliter l’acheminement de gaz entre les trois pays, reposant sur un accord de swap.

Le gaz exporté par la Jordanie, importé sous forme de GNL puis regazéifié à Aqaba via une unité flottante, serait destiné au Liban mais absorbé par la Syrie. Cette dernière livrerait ensuite au Liban une quantité équivalente issue de ses champs gaziers situés dans le Nord-Est du pays.

En complément, le Liban souhaite également tirer parti des interconnexions régionales pour redresser son approvisionnement en électricité.

À l’Est, alors que la Banque mondiale a accordé à la Syrie une subvention de 146 MUSD pour financer la construction d’une ligne de transmission électrique entre la Turquie, la Syrie et la Jordanie (projet SEEP), le Fonds arabe explore en parallèle, via une étude de faisabilité, l’hypothèse d’une extension vers le Liban à partir de la Syrie. Au Nord, des discussions ont été entamées avec la Turquie afin de relier le pays, qui dispose d’un surplus de production, au Liban via une ligne longeant la côte syrienne.

À l’Ouest, un bailleur multilatéral s’est engagé à financer les études de faisabilité d’une interconnexion électrique maritime entre le Liban et Chypre, qui constituerait le prolongement de ligne de transmission à haute tension Euro-Asia Interconnector reliant la Grèce, Chypre et Israël. Le Liban pourrait ainsi être raccordé, à terme, au réseau électrique européen.

Pour appuyer sa reconstruction et faciliter les flux vers la Syrie, le Liban amorce également des initiatives logistiques en direction de son voisin.

Le 15 mai, le ministère des Travaux publics et des Transports a annoncé le lancement d’un appel d’offres pour une étude de faisabilité portant sur la réhabilitation de la ligne ferroviaire reliant Tripoli au poste-frontière d’Abboudiyé, à la frontière syrienne. Construite au début du XXe siècle, cette ligne d’environ 40 kilomètres, qui faisait partie du réseau côtier reliant le Liban au sud de la Turquie, est inutilisée depuis le début de la guerre civile en 1975.

Le projet revêt une portée symbolique importante. Il constituerait le premier réseau ferroviaire construit au Liban depuis la fin de la guerre civile et vise à connecter le port de Tripoli et sa future zone économique spéciale aux corridors de transport régionaux. À terme, l’aéroport René Moawad de Qleyaat, au Nord de la ville de Tripoli, dont le ministère a lancé cette semaine les travaux de conversion de l’infrastructure militaire vers un usage civil, et qui se situe sur le tracé de la ligne, servirait également de nœud de connexion multimodal de l’aérien vers le ferroviaire. Enfin, le port de Beyrouth est lui-même engagé dans l’élaboration d’un master-plan qui intègrera une liaison avec Damas via la Bekaa.

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Le pays semble également déterminé à réduire sa fragilité numérique.

Le Liban n’est en effet relié à internet qu’à travers deux câbles sous-marins, Cadmos et Imewe, ce qui constitue une forte vulnérabilité en cas de chocs. Alors qu’il ne figurait pas parmi la vingtaine de points d’atterrissage du câble Medusa, reliant une douzaine de pays bordant la Méditerranée, le Conseil des ministres a approuvé en janvier le raccordement du Liban à l’initiative européenne.

Si ces premières étapes constituent des avancées concrètes, le Liban devra aller au-delà d’une approche centrée exclusivement sur ses besoins domestiques pour se positionner comme une véritable plateforme régionale tout en développant ses infrastructures domestiques.

Alors que l’Irak, dont les exportations de pétrole sont perturbées par les tensions affectant le détroit d’Ormuz, compte sur la Syrie pour assurer l’exportation de son brut via la réhabilitation de l’oléoduc entre Kirkouk et la ville côtière syrienne de Banyas, le Liban pourrait également rénover la portion libanaise de ce tronçon, débouchant vers le port de Tripoli. Le pays gagnerait aussi à développer un site pétrochimique afin de raffiner une partie du pétrole exporté par cet oléoduc depuis Tripoli.

Enfin, à l’instar de la Syrie, qui envisage de construire un réseau national de fibre optique long de 4500 km, avec le projet SilkLink, en connexion avec l’infrastructure Medusa, afin de se positionner comme un pont numérique entre l’Europe et la péninsule arabique, le Liban pourrait également renforcer son rôle régional dans le transit de données.

D’autant qu’il offrirait une alternative au détroit de Bab el-Mandeb, qui concentre 17 % du trafic internet mondial et 90 % des données numériques échangées entre l’Europe et l’Asie. À cette fin, le Liban devra accélérer le déploiement de son réseau national, dont seulement 15 % est aujourd’hui couvert par la fibre optique.

Source Ambassade de France à Beyrouth

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