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#Economie #Hydrocarbures #Petrole #SYRIE
Denys Bédarride
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Mardi 23 Juin 2026 à 06:36

Après plus d’une décennie de conflits, la Syrie a perdu son rang de puissance énergétique régionale. Alors qu’elle comptait parmi les pays producteurs et exportateurs d’hydrocarbures au Moyen-Orient et qu’elle était relativement autosuffisante en énergie, elle est aujourd’hui dans une situation difficile, avec des capacités d’extraction et de production largement dégradées et des coupures d’électricité fréquentes, pénalisant la reprise économique et les perspectives de redressement. D’après les estimations, la production journalière serait aujourd’hui à un niveau d’environ 100 000 barils pour le pétrole et 6 millions de m3 pour le gaz.

Pour le pétrole, alors que la production était d’environ 380 000 barils par jour (b/j) en 2011, elle n’était plus que d’environ 60 000 b/j à la fin de l’année 2025. Le mix électrique syrien était quant à lui constitué, avant le conflit, de gaz (environ la moitié, pour 5 GW), de pétrole (3,5 GW) et d’hydroélectricité (1,5 GW) à partir des barrages de Tichrine, de Tabqa et de Baath. D’une capacité de 9 à 10 GW et d’une production effective à 7 GW en 2010, la production n’était plus que d’environ 2 GW à la fin de l’année 2024, ne permettant en théorie que trois ou quatre heures d’électricité à Damas.

Pour remédier à ces difficultés, les autorités de transition ont très tôt sollicité des investissements étrangers pour remettre sur pied le système électrique.

Un protocole d’accord a été signé en juillet 2025 entre le gouvernement syrien et un consortium conduit par le qatarien UCC pour quatre centrales de production d’électricité, soit d’amélioration de centrales existantes, soit de mise sur pied de nouvelles infrastructures, générant une capacité additionnelle de 4 GW, disponible d’ici 2028/2029.

En parallèle, le groupe Banque mondiale, via IDA 21, a réinvesti très tôt le secteur de l’électricité avec 146 M USD, pour la fourniture d’énergie dans le pays depuis la Turquie et la Jordanie. Mais à court terme, la Syrie doit importer des hydrocarbures pour couvrir les besoins de sa population.

D’après une Reuters (mai 2026), le pays dépend des importations de pétrole russe (sous sanctions européennes), en augmentation de 75 % sur un an, atteignant le niveau de 60 000 b/j. Pour le gaz, une partie des approvisionnements provient d’Azerbaïdjan, ainsi que de Jordanie et d’Égypte, c’est-à-dire, en réalité, partiellement des champs offshore d’Israël.

Pour faciliter le redressement du secteur de l’énergie, les autorités syriennes de transition ont créé un seul acteur pour les hydrocarbures, y compris le gaz : la Syrian Petroleum Company (SPC).

La SPC affiche des ambitions importantes pour le secteur, avec une augmentation significative de la production journalière de pétrole, qui devrait atteindre 150 000 b/j à la fin de l’année, entre 300 et 350 000 b/j à la fin de 2027, et 800 000 b/j au début de 2030. Pour le gaz, la production devrait atteindre 12 M de m3 d’ici la fin de l’année 2026, couvrant à peu près les besoins de la population. Pour atteindre ces objectifs, la SPC mise sur la réhabilitation des sites d’exploitation, mais surtout sur le retour ou l’arrivée d’acteurs étrangers.

17 blocs onshore d’exploration représentant « deux fois le Liban » ont été définis, ainsi que 5 blocs offshore, dont le 3e a été attribué en mai 2026 à un consortium rassemblant Total, QatarEnergy et ConocoPhilipps. Toutefois, les acteurs internationaux ne sont pas convaincus par les perspectives syriennes. Ainsi, l’entreprise britannique Shell a décidé de quitter le pays en clôturant ses contrats sur cinq champs pétroliers, qui passent sous le contrôle direct de la SPC.

La guerre dans la région et le blocage du détroit d’Ormuz remettent à l’ordre du jour l’idée d’utiliser ce secteur et sa position géographique pour faire de la Syrie le « hub énergétique » du Levant.

Historiquement, l’idée de relier les champs gaziers iraniens ou qatariens à la Syrie était évoquée. Elle a depuis été supplantée par d’autres perspectives plus réalistes : la remise en service du tronçon Kilis (Turquie)-Alep, pour acheminer le gaz de Turquie ; le projet d’oléoduc de la région de Kirkouk (Irak) jusqu’en Syrie, soit en utilisant l’oléoduc vers Ceyhan (Turquie) permettant une intégration syrienne au corridor Irak-Turquie, soit en passant directement par Homs, en utilisant un nouvel oléoduc reliant Bassorah à Haditha en Irak, sur financement qatariens et américains. Dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, ces projets sont de plus en plus évoqués ; un accord a ainsi été conclu entre Jordanie, Syrie et Liban pour réactiver le « gazoduc arabe », avec une continuité vers le Liban (Tripoli).

Toutefois, pour l’heure, les obstacles sont nombreux à la réalisation de ce « hub énergétique ».

Les financements manquent, et la SPC mise sur le Qatar (UCC) pour la remise en état des oléoducs internes, comme celui du champ de Rumeilan (gouvernorat d’al-Haseke). Seuls des expédients, pour l’heure, donnent corps aux corridors : pour contourner le blocage du détroit d’Ormuz, l’Irak envoie ainsi des camions-citernes qui passent par le poste-frontière d’al-Tanf, alors même que le coût par route est plus élevé, et moins sûr, que le transport par oléoduc.

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