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Denys Bédarride
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Vendredi 13 Mars 2026 à 17:27

Depuis le début de la deuxième guerre opposant, en moins d’un an, Israël et les États-Unis à l’Iran, la stratégie de Téhéran consistant à précipiter une hausse des cours mondiaux de pétrole en bloquant le détroit d’Ormuz a éludé la question des possibles conséquences du conflit sur le secteur pétrolier iranien.

Il est vrai que la République islamique d’Iran (RII) avait eu, en prévision d’un possible déclenchement des hostilités, la sagesse de quadrupler les enlèvements de brut au cours du mois de février. Les opérateurs iraniens auraient ainsi stocké, avant le 28 février, près de 200 M de barils de pétrole brut en haute mer au moyen de tankers de la « flotte fantôme » non encore identifiés par les autorités américaines, un volume leur permettant théoriquement d’assurer un trimestre de livraisons à la Chine, leur client unique.

Si ce stratagème permet à la RII de désorganiser le marché mondial et de susciter une envolée des prix du brut sans – à court terme au moins – en payer le prix, les bombardements à venir pourraient causer au secteur pétrolier iranien, qui souffre d’un déficit d’investissement depuis la mise en place des sanctions américaines en 2018, des pertes irréparables sur les quatre principaux segments de l’industrie.

Pour la production de pétrole brut, bien que les capacités iraniennes, évaluées à 3,3 Mbj en février, n’aient pas encore été ciblées par les frappes aériennes, leur vulnérabilité parait évidente.

Concentrés dans l’ouest du pays, près de la frontière irakienne et dans le Golfe persique (off-shore), les champs pétroliers exploités par la RII apparaissent particulièrement vulnérables.

Si les frappes de la coalition américano-israéliennes, jusqu’ici essentiellement concentrées sur des objectifs militaires, se donnaient pour objectif une attrition du potentiel économique iranien, leur impact sur des sites ne bénéficiant d’aucune protection pourrait être dévastateur.

Washington semble considérer qu’il convient de préserver ce pilier de l’économie iranienne dans la perspective d’un possible changement de régime, mais sa stratégie pourrait évoluer en cas de prolongation du conflit.

Après avoir plafonné plusieurs mois à 1,9 Mbj au 2nd trimestre 2025, les exportations iraniennes de brut, quant à elles, absorbées par la Chine à hauteur de 95 %, ont chuté à 1,2 Mbj en janvier, puis 1,5 Mbj en février.

Cette réduction semble résulter du choix des raffineries privées chinoises de réduire leur exposition au risque iranien et d’accroitre, simultanément, leurs importations de brut russe (2,1 Mbj en février). L’inquiétude qu’a suscité à Téhéran cette évolution parait aujourd’hui dérisoire au regard des menaces que fait peser le conflit en cours sur l’île de Kharg, où sont enlevés 90 % des volumes exportés par l’Iran.

Que les installations de Kharg soient détruites – ou, comme l’a suggéré Donald Trump, que l’armée américaine en prenne le contrôle – et la capacité de la RII à écouler la moitié de sa production de brut serait annihilée, la privant d’une source de revenus proprement vitale.

S’agissant de la consommation, la situation pour l’Iran est paradoxale.

Ce n’est pas le moindre de ses paradoxes : au cours des 5 dernières années l’Iran, qui dispose des 3èmes réserves mondiales de pétrole, souffre de pénuries saisonnières de carburant, qu’elle s’efforce de compenser par l’importation de produits raffinés. Sous tension permanente, les capacités de raffinage du pays, nettement insuffisantes à 2,2 Mbj pour une consommation de 2,4 Mbj lors des pics saisonniers, sont à la merci du moindre incident technique susceptible de désorganiser la chaîne d’approvisionnement.

Dans ces conditions, la récente destruction par l’aviation israélienne de la raffinerie de Téhéran (250 000 bj) et de plusieurs dépôts de carburant et infrastructures logistiques afférentes, devrait impacter l’économie du pays plus sévèrement que ne le suggère ce volume assez modeste. Si d’autres raffineries devaient être touchées – par exemple celles d’Ispahan ou de Bandar Abbas, dont la production oscille entre 400 et 500 000 bj – les conséquences sur l’activité pourraient s’avérer dévastatrices. Compte tenu de l’impact social du secteur, il est probable que cette perspective préoccupe le régime au plus haut point.

Enfin, l’industrie iranienne dans son ensemble a toujours été « dopée » par la disponibilité de ressources pétro-gazières abondantes et peu onéreuses.

Aussi ne fait-il aucun doute qu’une campagne de frappes sur les infrastructures pétrolières provoquerait l’arrêt à court terme de la majorité des unités de production, à commencer par celles de la filière pétrochimique, la plus importante du pays, puis celles des secteurs alimentés en électricité par les centrales au gaz et au fuel, largement majoritaires.

Source Ambassade de France en Iran

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