Si l’Égypte n’est pas directement affectée par les conséquences sécuritaires des conflits régionaux actuels, sa forte exposition aux chocs extérieurs constitue un élément de fragilisation après une période de net rebond de l’économie.
L’Égypte aborde cette crise avec des fondamentaux plus solides que lors des précédents chocs extérieurs (guerre en Ukraine, tensions en mer Rouge en 2023, etc.), notamment grâce à un niveau élevé de réserves de change (53 Mds USD, soit environ 7 mois d’importations), à la croissance continue du PIB enregistrée sur les deux derniers trimestres de 5,3 % et un excédent primaire de 4,2 % du PIB au premier semestre 2025/26. Toutefois, certains indicateurs apparaissent déjà dégradés.
L’Égypte est ainsi confrontée à une détérioration de ses conditions d’accès aux marchés obligataires.
Face à l’incertitude, depuis le début des affrontements, la hausse de la prime de risque exigée par les investisseurs apparaît supérieure à celle enregistrée dans les autres pays de la région, économies du Golfe incluses. Une dégradation durable des conditions de financement de l’Égypte renchérirait la charge de la dette, déjà élevée, alors que les besoins de financement brut sont estimés à près de 40 % du PIB.
Dans le même temps, après d’importantes entrées enregistrées ces derniers mois, portées par le regain d’activité économique, les sorties de capitaux d’Égypte ont dépassé 7 Mds USD depuis le début du conflit, soit le tiers des sorties dans l’ensemble des pays émergents. Ce flux sortant paraît aujourd’hui stoppé et de timides entrées de capitaux constatées. En réaction, la livre égyptienne s’est significativement dépréciée, atteignant son plus bas niveau historique face au dollar, à près de 53 EGP/USD le 9 mars, et enregistrant une perte de 10 % depuis le 27 février, supérieure à celle observée dans la région.
L’évolution des prix de l’énergie et les perturbations des flux d’approvisionnement constituent des risques.
La hausse des prix du pétrole et du gaz pèse sur la balance énergétique et le déficit courant (4,2 % du PIB en 2024/25), alors que les recettes en devises sont déjà fragilisées par la baisse attendue des revenus du tourisme et du canal de Suez. Si le détroit de Bab el-Mandeb reste épargné à ce stade, les menaces persistantes d’attaques du trafic ont suffi à dissuader les assureurs et armateurs. Par ailleurs, la hausse des prix de l’énergie alimente les tensions inflationnistes, l’inflation ayant déjà rebondi à 13,4 % en février.
Toutefois, les risques d’approvisionnement apparaissent contenus à ce stade. Environ 65 % des importations égyptiennes de pétrole brut et de produits raffinés proviennent des pays du Golfe, mais la production nationale couvre environ 70 % de la demande pétrolière. Concernant le gaz naturel, celui en provenance d’Israël représente 16 % de la consommation intérieure – interrompues au début du conflit, les livraisons ont été rétablies à un niveau toutefois faible estimé à 15 % des flux habituels – mais environ 92 % des approvisionnements en gaz naturel liquéfié viennent des États-Unis.
À ce stade, les mesures d’urgence mises en œuvre par les autorités se concentrent principalement sur la sécurité alimentaire et énergétique ainsi que sur la préservation des équilibres budgétaires.
Une cellule de crise interministérielle a été instaurée au sein du cabinet égyptien, avec pour priorités la sécurité énergétique et alimentaire (qui, pour les autorités, ne soulèvent pas d’inquiétude majeure à ce stade en termes d’approvisionnement, mais plutôt de renchérissement significatif de leur coût), ainsi que la discipline budgétaire. Les premières mesures annoncées le 10 mars ont ainsi porté sur la préservation du budget.
La hausse des prix des carburants (comprise entre 14 % et 17 %) vise à contenir l’impact de la hausse des cours internationaux sur les finances publiques, et s’inscrit dans la continuité des engagements pris dans le cadre du programme FMI. Des mesures complémentaires, à portée plus symbolique, visent également à rationaliser les dépenses publiques (annulation d’événements gouvernementaux, réduction des déplacements officiels, etc.). Alors que le prix du pain baladi a été plafonné à 2 livres pièce, le salaire minimum de la fonction publique devrait connaître une hausse à partir de l’an prochain.
Naturellement, l’ampleur des effets de ce conflit et leur impact sur la stratégie à moyen terme du gouvernement devraient dépendre de sa longueur.
Source Ambassade de France au Caire





















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