Pour une fois dans son histoire mouvementée, la Syrie n’est pas directement touchée par le conflit qui sévit au Moyen-Orient depuis la fin du mois de février 2026. Elle n’est pas concernée militairement par le conflit : elle n’est ni visée par l’Iran ou Israël, ni belligérante, malgré une présence militaire américaine sur trois points (bases al-Tanf, al-Shadadi vers Hassakeh, Rumeilan). Elle cherche par ailleurs à se ménager une position pro-diplomatie : les autorités de transition d’A. al-Charaa ont ainsi condamné les attaques de l’Iran contre KSA, les Émirats, Bahreïn, le Qatar, Koweït et la Jordanie.
Toutefois, la Syrie subit les conséquences indirectes du conflit.
Il s’agit d’abord d’un choc énergétique important. Pour le gaz, l’approvisionnement est compliqué : du fait de l’arrêt de l’approvisionnement d’Israël vers l’Égypte ou la Jordanie tout au long du mois de mars 2026, l’apport en Syrie a diminué. Pour le pétrole, du fait de la quasi-fermeture du détroit d’Hormuz, les réserves ont également diminué. En conséquence, des coupures d’électricité nombreuses ont lieu dans les villes syriennes, dans le contexte d’un réseau électrique déjà lourdement dégradé.
Il s’agit également de l’afflux des réfugiés, Syriens qui se trouvaient auparavant du Liban ou même Libanais qui fuient le pays en guerre : plus d’1,2 million de personnes auraient ainsi traversé la frontière entre les deux pays depuis le début du conflit.
En termes macroéconomiques, cette situation dégrade des indicateurs qui commençaient à redémarrer.
L’inflation importée connaît un niveau significatif, qui a été évalué par certains instituts à au moins 50 % pour un panier alimentaire moyen au mois de mars, en glissement annuel. L’augmentation de la population, continue depuis la chute du précédent régime en décembre 2024 et qui s’accroît avec l’afflux de réfugiés, diminue mécaniquement le PIB par habitant, même si les indications d’A. al-Charaa lors des annonces de l’aïd al-Fitr, à la fin du mois de mars 2026, sont positives : le PIB en 2025 se serait selon lui accru de 30 à 35 % par rapport à 2024.
Il faut toutefois prendre cet ordre de grandeur, qui traduit une dynamique bien réelle, avec d’importantes précautions.
De manière globale, les autorités de transition se montrent rassurantes envers la population et confiantes dans les perspectives du conflit.
L’exécution budgétaire de l’année 2025 aurait permis de dégager pour la première fois un excédent d’environ 46 M USD, certes léger mais réel. Le budget pour 2026 s’établirait au niveau record de 10,5 Mds USD, à mettre en regard des dépenses pour l’année 2025 d’environ 3,5 Mds USD, soit une augmentation d’un facteur 3.
De fait, la Syrie pourrait profiter du conflit.
Sa position géographique donne au pays des avantages réels s’agissant des connectivités et des flux. L’Irak a ainsi cherché à diversifier ses débouchés en faisant transiter sa production d’hydrocarbures par la Syrie, comme en témoigne le convoi de près de 300 camions-citernes transitant par le poste d’al-Tanf pour rejoindre la raffinerie et le terminal pétrolier de Banyas au début du mois d’avril.
Des perspectives de moyen terme se dessinent, à l’instar des projets de finalisation de l’Arab Gas Pipeline ou des transports ferroviaires dans le pays.
ll n’en reste pas moins que d’importantes incertitudes demeurent
Le conflit est régional, et touche des États qui sont censés être moteurs dans le redressement de la Syrie : contrairement aux annonces et aux tendances observées ces derniers mois, il se pourrait ainsi que les financements provenant d’Arabie saoudite ou du Qatar diminuent à court/moyen terme. Les bailleurs multilatéraux vont également devoir apporter de l’aide d’urgence aux pays de la région, ce qui pourrait diminuer les enveloppes dédiées à la Syrie.
Au-delà des effets économiques, le conflit pourrait donc réduire les perspectives financières de la Syrie, qui devrait alors revoir le modèle de redressement que ses autorités avaient élaboré tout au long de l’année 2025.
Source Ambassade de France au Liban





















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