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#Economie #Energie #Exportation #Importation #Petrole #Turquie #IRAN
Denys Bédarride
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Lundi 8 Juin 2026 à 08:12

Détenteur des 2èmes réserves de gaz et des 3èmes réserves prouvées de pétrole brut, l’Iran n’en souffre pas moins depuis plusieurs années, durant les mois d’été et d’hiver, de pénuries de gaz, d’essence et d’électricité. De manière prévisible ce déficit énergétique, dont les causes sont bien connues mais que la gouvernance du pays n’est jamais parvenue à combler, s’est considérablement aggravé avec les frappes aériennes du printemps, qui en ont amplifié les effets dans tous les domaines.

S’agissant du gaz, la pénurie constitue un véritable paradoxe pour un pays qui partage avec le Qatar l’exploitation du plus grand gisement mondial, South Pars, lequel représente les 3/4 d’une production nationale avoisinant les 260 Mds m3. Évalué à 51 trillions m3 – dont 15 trillions pour la partie iranienne – le potentiel de ce gisement off-shore équivaudrait à 19 % des réserves mondiales.

Or avant même le conflit armé, la production de gaz était presque entièrement absorbée par la consommation nationale (250 Mds m3 annuels), avec des pénuries régulières en hiver, période à laquelle tourne à plein le chauffage des bâtiments dans un pays dépourvu de programme d’isolation thermique. Soucieux d’honorer, pour des raisons politiques, ses contrats d’exportation vers la Turquie et l’Irak, l’Iran a par conséquent été contraint d’importer du Turkménistan le volume de gaz qui lui faisait défaut.

Les frappes aériennes ont bousculé cet équilibre fragile. Outre la destruction d’usines de retraitement proche du site de South-Pars, qui devrait entraîner, jusqu’à leur réparation, une perte de production de 10 à 12 % à l’échelle nationale, 230 Mm3 de stockage de gaz ont été détruits et plusieurs gazoducs endommagés. L’addition de ces ponctions sur le réseau gazier obère la capacité de l’Iran à honorer ses contrats d’exportation et réduit mécaniquement la production de ses centrales électriques, thermiques en grande majorité.

Pour l’électricité, à la perte de production imputable au manque de gaz s’ajoute la destruction de nombreux relais de transmission électrique, le déficit correspondant avoisinant les 12 GW et ramenant la production nationale aux environs de 65 GW pour une capacité installée de 85 GW (dont 72 GW provenant de centrales thermiques).

Par ailleurs, il n’est pas anodin de relever que les pilotes israéliens ont également détruit deux stocks de panneaux solaires prêts à l’installation, pour une valeur de 2 Mds USD. Aussi les autorités iraniennes ont-elles programmé, à compter du mois prochain, des coupures de courant quotidiennes dont l’essentiel sera supporté par les sites industriels. Privant chaque mois les entreprises de plusieurs jours de production, ces coupures ne manqueront pas d’aggraver la situation d’industries déjà très impactées par les frappes aériennes (acier, pétrochimie, secteur pharmaceutique).

Quant à l’essence, du fait de la destruction d’une unité de raffinage proche de Téhéran et de plusieurs complexes de stockage, la production de carburant plafonne à 110 Ml/j, pour une consommation quotidienne variant 130 à 140 Ml.

Cet écart inédit, qu’aggrave une contrebande massive de carburant aux frontières du pays, conduit le gouvernement à envisager une hausse sensible des prix à la pompe en dépit du risque social inhérent à ce type de décision (cf. émeutes sanglantes de 2019). Ces mesures contribueront à alimenter une dynamique inflationniste (+71 % en g.a., +140 % pour les produits alimentaires) qui a entraîné 40 % des Iraniens sous le seuil de pauvreté (20 % en 2018).

À ces trois pénuries s’ajoutent celle, structurelle car résultant d’une progression continue de la sécheresse, de l’eau.

Moins impactés par les bombardements que les sites énergétiques, les barrages, puits et retenues d’eau en ont néanmoins souffert, alors que leur niveau avant meme le conflit était historiquement faible. Globalement les réserves en eau de l’Iran seraient aujourd’hui inférieures de 50 % à ce qu’elles étaient au début du siècle, une évolution qui affecte de plus en plus sévèrement la production agricole du pays, le contraignant à importer un volume important de céréales alors meme que ses réserves en devises sont au plus bas.

Source Ambassade de France

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