En choisissant le royaume chérifien, l’entreprise chinoise entend tirer parti des accords de libre-échange conclus par le Maroc avec les États-Unis et l’Union européenne, ainsi que du savoir-faire déjà développé dans une filière qui compte environ 160 entreprises et affiche un taux d’intégration locale de 42 %.
La société industrielle chinoise Hangyu Technology a annoncé, le 8 octobre, avoir choisi le Maroc pour implanter une usine de composants forgés de haute précision, destinés principalement à l’industrie aéronautique.
Ce projet, qui nécessitera un investissement de 105 millions d’euros (117,5 millions de dollars), était initialement prévu en Slovaquie. Son transfert vers le royaume chérifien s’explique par les retards enregistrés dans le processus d’octroi des autorisations réglementaires par les autorités de ce pays d’Europe centrale.
« Le réajustement majeur concernant l’implantation d’un site de production à l’étranger résulte de l’ajout inopiné, par les autorités compétentes slovaques, de procédures d’examen administratif supplémentaires. Celles-ci ont considérablement allongé le cycle d’approbation du projet et entraîné une forte incertitude quant à l’avancement de l’investissement », a précisé l’entreprise chinoise dans un avis publié à l’issue d’une réunion de son conseil d’administration.
Hangyu Technology a également indiqué avoir eu « des échanges approfondis » avec les autorités marocaines. Ces discussions auraient permis de constater que l’investissement ne nécessitait pas de procédures administratives supplémentaires et que « les conditions nécessaires à la mise en œuvre du projet sont pour l’essentiel réunies ».
Des composants destinés aux moteurs d’avion
La future usine devrait être implantée dans la cité industrielle et technologique Mohammed VI de Tanger (Tanger Tech). Le projet sera porté par une entité dédiée, dénommée Atlas Advanced Materials. Son financement reposera sur les fonds propres et les ressources internes de la société chinoise.
Le site industriel fabriquera des pièces forgées de haute précision à partir de matériaux métalliques difficiles à déformer. Ces composants seront destinés aux secteurs de l’aéronautique, de l’aérospatiale et de l’énergie.
Ils concerneront principalement les moteurs d’avion, ainsi que des équipements aéronautiques tels que les groupes auxiliaires de puissance (APU) et les nacelles. La clientèle du groupe comprend des acteurs internationaux de l’industrie aéronautique et des motoristes tels que GE Aerospace, Pratt & Whitney, Safran, Rolls-Royce, Honeywell et Collins Aerospace.
Les autres produits du groupe sont notamment destinés aux compresseurs, aux chambres de combustion et aux turbines utilisés dans l’aérospatiale, ainsi qu’aux turbines à gaz.
Le projet doit contribuer à accélérer le développement des activités internationales de Hangyu Technology, qui connaissent déjà une expansion rapide. Selon les indicateurs financiers publiés par la société pour le premier semestre 2026, son chiffre d’affaires à l’étranger a atteint 645 millions de yuans, en hausse de 57,89 % sur un an. Il représentait ainsi plus de la moitié du chiffre d’affaires total du groupe.
Une filière aéronautique en plein essor
Le choix du Maroc ne repose pas uniquement sur les avantages offerts par ses accords de libre-échange avec l’Union européenne et les États-Unis. Situé aux portes de l’Europe, le pays dispose déjà d’une industrie aéronautique bien implantée, qui rassemble environ 160 entreprises, parmi lesquelles Boeing, Safran, Hexcel, Pratt & Whitney et Figeac Aéro, selon le Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS).
Le secteur emploie plus de 25 000 personnes et a généré près de 3 milliards de dollars d’exportations en 2025. Son taux d’intégration locale atteint 42 %, témoignant du développement progressif d’un réseau de sous-traitants nationaux.
La filière bénéficie également de mesures incitatives, notamment de zones industrielles dédiées et d’exonérations fiscales. Elle s’appuie aussi sur des formations spécialisées, dispensées entre autres par l’Institut des métiers de l’aéronautique (IMA), qui contribue à la formation d’une main-d’œuvre qualifiée.
Selon les données de l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE), la croissance annuelle moyenne du secteur a atteint 20 % sur la période 2020-2025.
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