En Algérie, la consommation de viande rouge figure parmi les plus élevées d’Afrique, avec l’Afrique du Sud et l’Égypte. Entre développement de la production locale et diversification des importations, la concurrence se renforce entre les fournisseurs étrangers qui approvisionnent ce marché.
L’Organisation interprofessionnelle agroalimentaire des filières ovine et caprine d’Espagne (INTEROVIC) a conduit une mission commerciale du 4 au 6 octobre en Algérie, en collaboration avec l’Organisation interprofessionnelle espagnole de la viande bovine (PROVACUNO). Dans un communiqué publié sur son site, l’INTEROVIC indique que l’ambition affichée à travers cette démarche est de renforcer les relations commerciales entre les deux pays et d’ouvrir de nouvelles opportunités aux filières espagnoles.
La mission de la délégation espagnole s’est traduite, le 5 octobre, par la signature de deux accords de coopération avec des acteurs algériens de la filière des viandes rouges, selon l’agence Algérie Presse Service (APS). Le premier a été conclu entre l’Algérienne des viandes rouges (ALVIAR), filiale du groupe Agro Logistique (AGROLOG), et les organisations interprofessionnelles espagnoles INTEROVIC et PROVACUNO. Le second associe ces dernières au Syndicat algérien des importateurs de viandes rouges.
Ce développement intervient alors que l’Espagne occupe déjà une position dominante sur certains segments du commerce algérien des ovins et caprins. Les données de Trade Map montrent, par exemple, qu’en 2025, l’Espagne a représenté 98 % des importations algériennes de viande ovine et caprine fraîche, réfrigérée ou congelée, avec 151 millions $ sur un total de 155 millions $. Sur le segment des ovins et caprins vivants, Madrid en a fourni pour 69 millions $, soit 51 % des importations algériennes qui ont totalisé 134 millions $.
« L’Algérie est un marché très proche de l’Espagne et avec lequel nous voulons construire des relations stables et à long terme. Cette mission ne vise pas uniquement à générer des opérations commerciales ponctuelles, mais à rapprocher les entreprises des deux pays, à créer de la confiance et à poser les bases permettant aux acheteurs et aux fournisseurs de se développer ensemble », a déclaré Tomás Rodríguez, directeur d’INTEROVIC.
Un marché algérien où la concurrence se renforce
L’enjeu pour la partie espagnole est de défendre ses positions sur un marché algérien qui cherche à diversifier ses fournisseurs tout en maintenant des conditions favorables à certaines importations.
Dans le cadre du programme d’importation d’un million de moutons pour l’édition 2026 de l’Aïd el-Adha, le ministère de l’Agriculture avait ainsi annoncé, le 15 janvier dernier, l’élargissement de la liste des pays fournisseurs et la conclusion de nouvelles conventions sanitaires avec ces derniers. Alors qu’en 2025, les importations de moutons provenaient principalement d’Espagne et de Roumanie, l’opération menée en 2026 a également fait appel au Brésil et à l’Uruguay.
Par ailleurs, la loi de finances pour 2026 prévoit, jusqu’au 31 décembre, un taux réduit de 5 % de droits de douane sur certaines catégories d’ovins vivants destinés à l’abattage, ainsi que sur certaines viandes bovines et ovines fraîches ou réfrigérées. Ce dispositif contribue à maintenir des conditions douanières favorables à l’entrée de ces produits sur le marché algérien.
Une ambition de développement local qui ouvre de nouvelles perspectives à l’Espagne
Mais parallèlement à ce cadre favorable à certaines importations de bétail et de viandes rouges, Alger cherche aussi à renforcer l’offre issue de la production nationale. Déjà en décembre 2024, le ministère de l’Agriculture avait installé une Commission nationale chargée du renforcement de la production de viandes rouges, avec pour mission de proposer des solutions pour développer les cheptels ovin et bovin, accroître la production nationale et réduire les importations.
Dans un communiqué publié le 18 février 2026 en prévision du Ramadan, ledit ministère annonçait également la mise en œuvre d’un programme national d’extension des projets d’engraissement local et d’encouragement de l’élevage dans les wilayas des Hauts-Plateaux et du Sud. Le programme prévoit également la réhabilitation des abattoirs régionaux ainsi que l’amélioration de la chaîne du froid et du transport afin de contribuer à la stabilité durable de l’offre et des prix.
Cette orientation constitue aussi une opportunité pour les entreprises espagnoles. S’exprimant sur le sujet dans des propos relayés par l’APS, Sofiane Bahbou, porte-parole du Syndicat algérien des importateurs algériens de viandes rouges, estime que le partenariat conclu avec les opérateurs espagnols en octobre 2026 « devrait favoriser leur implantation en Algérie, notamment dans la modernisation des abattoirs et le développement de l’élevage intensif dans le Sud, à travers l’apport de technologies et de savoir-faire ».
Pour l’Espagne, l’objectif sera donc de consolider une position déjà forte sur le marché algérien tout en accompagnant sa transformation.
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