Emprunt obligataire, des économistes en parlent
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mardi 8 mars 2016 Dernière mise à jour le Mardi 8 Mars 2016 à 08:22

« Un choix judicieux », « une option suicidaire », « une mesurette ». Le recours du gouvernement d’Abdelmalek Sellal à l’emprunt obligataire national pour faire face à la crise financière que connait le pays depuis la chute des cours du pétrole est diversement apprécié par les économistes algériens.

A l’instar de l’endettement extérieur, la question de l’emprunt obligataire divise les économistes algériens (voir notre article sur l’annonce de cette mesure).

Un choix judicieux…

« C’est un choix judicieux », applaudit Mohamed Achir, économiste et enseignant à l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou qui craint « l’insoutenabilité »  d’un endettement extérieur  du fait de « la dégradation » des équilibres financiers internes et externes du pays, voire de leur « aggravation à moyen terme ».

« L’emprunt obligataire contribuera non seulement à financer des projets via l’endettement interne mais aussi à dynamiser le marché financier obligataire qui, peut-être, sera une forme de captage des fonds informels », estime-t-il.

Pour l’économiste, le gouvernement « a perdu beaucoup de temps » et « aurait dû financer des infrastructures avec un marché obligataire et non avec les crédits du trésor public ». Mieux, il suggère le développement d’ un marché secondaire des obligations, c’est-à-dire une bourse des obligations.

…ou du bricolage ?

« C’est du bricolage, une mesurette qui n’apportera rien », dénonce Karim Si Lakhal, docteur en sciences économiques de l’université de Versaille St Quentin en Yvelines (France) et enseignant de sciences économiques et sociales.

Pour lui, le gouvernement a choisi un emprun interne pour qu’ « on ne lui dicte pas les priorités » car « un endettement externe implique des engagements et des contraintes budgétaires ». « Le gouvernement garde l’extérieur comme une issue possible après avoir tout épuisé à l’intérieur », présume-t-il. Pour M.Si Lekhal, ce qui manque au pays c’est « un appareil productif et une bonne gestion ».

Une mesure politique 

Un point de vue que partage Ferhat Ait Ali, analyste financier, qui ne s’explique pas le choix du gouvernement qui est, à ses yeux, « juste une déclaration politique qui ne tient pas la route ».

« En quoi un emprunt interne peut pallier un endettement externe pour un pays dont la monnaie n’est pas convertible et dont l’essentiel des achats vient de l’étranger ? », s’interroge-t-il. Et d’enfoncer le clou : « L’emprunt ne lèvera pas le moindre dinar en dehors de la trésorerie déjà branlante des banques publiques qui seront ponctionnées du peu de réserves qui auraient servi le secteur économique et qui vont être englouties dans les dépenses inconsidérées des politiques publiques qui nous ont mené là où nous sommes ».

Tranchant, M.Ait Ali ne va pas par le dos de la cuillère, estimant qu’« il est suicidaire de soutenir des dépenses publiques par un recours aux emprunts quels qu’ils soient ». En revanche, recourir à endettement extérieur « pour financer des projets eux même garants de leur amortissement sur la plus-value qu’ils vont engendrer » sera à ses yeux « plus utile ».

En définitive, l’analyste financier a la conviction bien chevillée que l’emprunt obligataire, qui « se fera en dinars pour soutenir des dépenses en dollars », aura pour effet de « creuser un trou dans les réserves de change ».

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