Liban : les banques islamiques en retard
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Yoann Hervey
vendredi 25 mars 2016 Dernière mise à jour le Vendredi 25 Mars 2016 à 13:34

Si les banques islamiques connaissent un fort essor mondial depuis plusieurs années, elles restent pourtant à la traîne au pays du Cèdre. Explications.

Basée sur le principe de la charia, la finance islamique proscrit notamment la spéculation (« maysir »), l’intérêt (« riba ») et le financement de certaines activités (alcool, viande de porc, pornographie, jeux de hasard et tabac, etc). En pleine vogue mondiale, les avoirs des banques islamiques ont atteint 1 476 milliards de dollars en 2014. Entre 2009 et 2013, leur croissance annuelle a atteint 17%. Un chiffre record. Si le développement de ces banques perdure à ce rythme élevé, elles pèseront 2700 milliards de dollars dans le monde en 2200.

Des banques crédibles

Sans grand étonnement, ce sont dans les pays du Golfe que la part de marché de ce secteur bancaire est la plus importante (37,6%), suivie par la zone Mena, Moyen-Orient et Afrique du Nord, (34,4%) et par l’Asie (22,4%).

Pour Mutasim Mahmassani, directeur général de la banque al-Barak au Liban, la propagation des banques islamiques est principalement dû à la perte de crédibilité dont a souffert la finance mondiale après la crise économique et financière de 2008. Proscrivant les produits financiers dérivés complexes, la spéculation et entièrement plongée dans l’économie réelle, la finance islamique, jugée « morale », séduit incontestablement.

Un essor handicapé 

Pourquoi reste-t-elle alors minoritaire au Pays du cèdre où seules 5 banques – al-Baraka, Lebanese Islamic Bank, al-Bilal Islamic Bank, Blom Development Bank et Arab Finance House – sont implantées ? Plusieurs raisons semblent explique ce phénomène :

  • L’handicap structurel : l’hyper-compétitivité du secteur bancaire libanais inhibe l’essor des banques islamiques.
  • Celles-ci ne peuvent investir leurs liquidités dans des obligations d’Etat, jugée non conforme à la Charia. Le ministère des Finances n’émet pas, de plus, des « sukuks ».
  • Elles ne peuvent pas bénéficier des plans de relance de la Banque centrale, les prêts subventionnés basés sur une politique de taux d’intérêt étant proscrits.
  • Les banques islamiques sont assujetties à la double imposition en raison de leur fonctionnement par contrats de vente et d’achat.

Jouer le rôle de banque de développement

Dès lors, comment opérer et prospérer malgré ces nombreux handicaps ? Pour, Mouataz Natafgi, le directeur général de la Blom Development Bank, filiale de la Blom Bank dédiée à la finance islamique, seul le ciblage précis de niches spécifiques permettra aux banques islamiques de se développer au pays du Cèdre. En se contentant de copier ce que font les autres plutôt de d’exercer un rôle de banques de développement, les banques islamiques ont donc tout à perdre. 

 

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