Liban : la lente agonie de la presse
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Yoann Hervey
vendredi 15 avril 2016 Dernière mise à jour le Vendredi 15 Avril 2016 à 14:21

As-Safir et An-Nahar, deux quotidiens généralistes libanais à l’agonie depuis plusieurs mois, sont sur le point de déposer définitivement le bilan.

« Voix des sans voix », le quotidien libanais As-Safir est en passe de devenir aphone. Après près de 42 ans de bons et loyaux services, ses ventes se sont effondrées ces derniers mois à quelques milliers d’exemplaires vendus quotidiennement contre près de 50 000 auparavant.

Lancé une année avant le début de la guerre civile libanaise (1975-1990), As-Safir, porte-parole de la lutte palestinienne et de la résistance incarnée par le Hezbollah,  est sur le point de disparaître faute de moyens financiers. « Nous avons brûlé nos dernières cartouches », regrette Talal Salmane, fondateur et rédacteur en chef d’As-Safir. Et de reprendre : « Nous n’avons plus de fonds et nous cherchons désespérément un partenaire pour financer le journal ». 

As-Safir n’est d’ailleurs pas le seul quotidien à souffrir de la concurrence d’Internet, de la léthargie politique et de l’effondrement des financements accordés à la presse. An-Nahar, son principal rival proche de la droite centriste mais également plus ancien quotidien en circulation depuis 1933, peine à payer régulièrement ses employés.

D’une crise, l’autre

Selon Talal Salmane, cette agonie est la conséquence directe de l’actuelle situation politique libanaise. Le pays du Cèdre est en effet sans président depuis deux ans et n’a pas organisé d’élection législatives depuis 2009. « Il y a un vide politique […] Or, il n’y a pas de presse sans politique » commente le patron de 159 salariés à l’avenir sombre. 

Même constat pour Mohammad Farhat, directeur de la rédaction du quotidien panarabe Al-Hayat, qui paraît à Londres et à Beyrouth : « la crise de la presse est partie intégrante de la crise du Liban […] La mort de la politique signifie la mort de la presse. »

Autre facteur de cette atonie journalistique : la baisse des revenus issus de la publicité. Entre 2014 et 2015, ces derniers ses sont effondrés de près de 10% à, seulement, 25 millions de dollars selon l’institut Ipsos Mena.

L’exception l’Orient-Le-Jour

Seul L’Orient-Le-Jour, unique quotidien francophone au Liban, est l’un des rares journaux à résister au marasme économique qui détruit à feu lent la presse libanaise. Une gestion saine de ces finances, la non distribution de dividendes, le non recours à des subventions politiques et une mutation numérique effectuée précocement expliquent en partie cette survie.

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