Rencontre avec Kamel Mohanna, président fondateur de l’ONG libanaise Amel
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Karl Demyttenaere
vendredi 9 septembre 2016 Dernière mise à jour le Vendredi 9 Septembre 2016 à 08:35

Nominée pour le prochain prix Nobel de la Paix, l’organisme international Amel est un véritable symbole pour le Liban à la fois par son action auprès des réfugiés que par sa philosophie. Rencontre exclusive avec son président et fondateur, le Docteur Kamel Mohanna.

EcomnewsMed : Pouvez-vous nous présenter en quelques mots l’association que vous présidez ?

Notre slogan est « la pensée positive, l’optimisme ». Nous sommes une des plus grandes ONG du Liban et comptons aujourd’hui 24 centres, 6 cliniques mobiles et 800 personnes à temps plein. Notre philosophie est simple : aucun de nous a choisi sa famille, son appartenance ou ses origines, c’est pourquoi nous venons en aide à tous les êtres humains, sans distinction. 

Dites-nous en plus sur ce que vous appelez « notre philosophie » ?

Nous sommes partout au Liban, nous travaillons avec tout le monde : chrétiens, sunnites, chiites… Amel est une structure non-confessionnelle et inféodée à personne, c’est notre plus grande force mais aussi notre plus grande faiblesse. On refuse d’être dans le système, nous sommes en quelque sorte le poisson qui glisse entre les mains. Notre objectif est d’agir auprès des personnes, contrairement à des ONG qui ne font rien sur le terrain et parlent dans les hôtels.

Pour nous, il n’y a pas de démocratie sans développement, on mange d’abord, on philosophe après.

Vous avez fondé l’association en 1979, quel a été le déclic ?

En 1979, après l’invasion israélienne du sud Liban, j’ai décidé de lancer Amel pour venir en aide aux personnes en difficulté. J’ai été dans les camps palestiniens et j’ai rencontré Bernard Kouchner, qui est resté un ami mais avec lequel je me dispute fréquemment en politique (rire). Nous travaillons fréquemment avec Médecin du monde et d’autres organisations, nous jouons un rôle de “catalyseur”. 

Enfants joyeux

Vous êtes une ONG importante, fournissant près d’1,5 millions de services aux réfugiés syriens par exemple, comment vous financez-vous ?

Comme je l’ai évoqué, nous sommes indépendants. Nous avons une approche terrain et appliquons le principe « avec peu d’argent, on peut faire beaucoup » et c’est ce que nous faisons. 53% de nos revenus viennent de nos bénéficiaires, ce n’est pas de la charité mais de l’humanité avec des participations symboliques.

Vous avez plus de 42 ans d’expérience sur le terrain, quel est votre point de vue sur le monde de l’humanitaire aujourd’hui ?

Selon nous, l’action humanitaire implique une présence sur le terrain, aider le peuple, favoriser une juste répartition des richesses, lutter contre le double-standard (c’est-à-dire la différence de traitement entre un occidental et un local) et militer pour la justice sociale. Il s’agit d’un ensemble définissant l’action humanitaire.

Depuis la chute de l’URSS et le triomphe de l’économie de marché, l’humanitaire est devenu un véritable business. De plus, certaines organisations ont des comportements néo-colonialistes et nous expliquent comment travailler. Nous voulons traiter d’égal à égal dans la solidarité.

Enfants

Quelle est la situation du Liban aujourd’hui face aux multiples crises régionales ?

Les réfugiés représentent 1/3 de la population au Liban aujourd’hui, selon le HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés) ils sont 1,9 million et pour le gouvernement libanais 1,5 millions. Vous vous rendez compte ? C’est un beau symbole de solidarité dans notre petit pays. En Europe, si on respecte la même proportion de population, il y aurait 170 millions de réfugiés. On compte près 1 900 camps de réfugiés informels.

Le gouvernement libanais doit dépasser les blocages politiques et lancer des actions fortes, en particulier pour l’éducation. 400 000 élèves syriens ont besoin d’être scolarisés, alors qu’il y a 280 000 jeunes libanais dans les écoles. Le défi de l’éducation est essentiel, sinon tous ses syriens vont aller chez Daesh. C’est pourquoi, par exemple, nous formons à Amel 5 000 jeunes.

Medecin

En quoi votre organisme est un symbole pour le Liban, en particulier avec votre nomination pour le Prix Nobel de la paix ?

A l’image du Liban, nous défendons la solidarité et une solidarité non-confessionnelle, ce qui est un symbole dans le monde arabe. Nous voulons un monde plus juste et plus humain, en nous appuyant sur la société civile qui peut faire beaucoup.

Dans le cadre de cette nomination, nous menons une vaste action de lobbying. Nous disposons d’un large soutien et d’une solidarité au Liban : le gouvernement, le parlement, le ministère des affaires étrangères, les ambassadeurs du Liban à l’étranger mais aussi la diapora, encouragent notre initiative.

Fidèle à notre démarche solidaire, nous proposons de partager le prix avec une ONG du Nord, en Grèce, qui travaillent comme nous auprès des réfugiés. Un symbole fort que nous allons défendre à Oslo.

 Si vous souhaitez en savoir plus sur Amel et/ou soutenir son action, rendez-vous sur son site.

Crédit photo : Amel 

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