L’ambitieux partenariat euro-méditerranéen : entre pragmatisme et désillusion
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Sonia Ben Khemis
mercredi 12 octobre 2016 Dernière mise à jour le Mercredi 12 Octobre 2016 à 08:42

Jeune diplômée d’un double diplôme Magistère et Master de Relations internationales et action à l’étranger de l’Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1) Sonia Ben Khemis est spécialiste des relations euro-méditerranéennes. Elle est auteur d’un mémoire intitulé “Du Printemps arabe à DAECH : évolution des relations euro-tunisiennes”. Cet observateur avisé partage son analyse avec les lecteurs d’Ecomnews Med.

Plus de vingt années se sont écoulées depuis la signature de la Déclaration de Barcelone et le lancement du partenariat euro-méditerranéen. Alors que la rive Sud de la Méditerranée a connu, avec le Printemps arabe, un bouleversement historique qui a pu être, à divers égards, lourd de conséquences, la question de l’actualité du partenariat ainsi que de sa réelle utilité tend à se poser.

L’Union européenne, en quête de puissance et de reconnaissance, a fait du bassin Méditerranéen sa chasse-gardée tout en ignorant ou feignant d’ignorer la métamorphose géopolitique de la région. Construisant progressivement sa stratégie par pur pragmatisme, elle n’a pas réellement pris en compte les besoins de se “partenaires” qui, ayant passé l’épreuve de la désillusion, ouvrent enfin les yeux sur de nouvelles opportunités, non européennes. 

Un constat accablant

Le constat d’échec du partenariat euro-méditerranéen est facilement partagé parmi les universitaires, les diplomates et même les politiques. La question est de savoir à quel point est-ce que ce dernier a été un échec ?

On ne peut pas, par pure aisance d’esprit, condamner de manière totale cette initiative qui a tout de même été, du moins dans sa conception originelle, à la fois téméraire et audacieuse. Bien noble est l’ambition d’instaurer une zone euro-méditerranéenne de paix et de stabilité et la présence à la fois d’Israël et de la Palestine au sein d’un même partenariat constitue un exploit en soi. Cependant les fondements idéologiques de ce partenariat ainsi que les croyances européennes obsolètes mais toujours ancrées ont, dès les prémices, biaisés son fonctionnement.  

Les causes de l’échec

L’échec du partenariat euro-méditerranéen, est en effet, selon notre opinion, à imputer en grande partie à la croyance européenne d’être, à travers son aide financière, la seule option viable permettant le développement des pays Est et Sud méditerranéens.

Cette hypothèse est si présente dans l’esprit des Etats membres que la mise en place du partenariat n’a en réalité été que l’imposition aux Etats dits « partenaires » de multitudes de conditions, diverses et variées, tendant à leur faire intégrer l’acquis communautaire de ces soixante dernières années alors qu’ils n’ont même pas vocation à intégrer l’Union européenne.

Cette dernière impose ainsi sa vision de développement économique, social et politique à des Etats très hétérogènes sans prendre en compte leurs caractéristiques, ni même les motifs les ayant poussés à coopérer en premier lieu avec elle.

Persuadée d’être la seule organisation réellement « implantée » dans la région méditerranée, notamment du fait de sa proximité géographique et historico-culturelle, elle n’a également pas bien mesuré l’impact de la montée en puissance de nouveaux acteurs dans la région, à l’instar des BRICS ou de la Turquie, bien plus coopératifs et moins exigeants.

Une occasion manquée ?

Alors que le Printemps arabe aurait pu constituer une véritable occasion de révolutionner le partenariat euro-méditerranéen, d’accorder une meilleure place à un Etat renouant avec la Démocratie et les valeurs clamées par l’Union européenne, la crainte de se voir littéralement inondée d’une vague de migrants clandestins et entourée par des Etats islamistes a pris le dessus.

Comme elle l’a toujours fait, l’Union européenne agit de manière pragmatique. L’hétérogénéité de ses membres et de leurs préoccupations à la fois sur les plans interne et externe, cette dernière est incapable de définir sur le long terme une stratégie de développement politique. E

lle ne fait que s’adapter aux circonstances et à la conjoncture socio-économico-politique. C’est ce même pragmatisme que l’on retrouve dans l’évolution du partenariat : prenant en compte son élargissement historique de 2006, elle a abandonné, de manière implicite, son ambition première d’instaurer une zone homogène, unifiée de paix et de stabilité pour lui préférer l’institution de relations bilatérales, moins compliquées et moins coûteuses à entretenir. C’est ce même pragmatisme qui a poussé l’Union européenne à renforcer sa coopération sécuritaire avec les Etats sud-méditerranéens et notamment la Tunisie.

C’est poussée dans ses retranchements, dos au mur face à des Etats politiquement instables et sécuritairement défaillants que l’Union européenne s’est résolue à augmenter le budget dédié à la protection des frontières et au renforcement de l’appareil sécuritaire tunisien, passant de 2,5 à 10 millions d’euros en 2016

L’actuel débat sur la signature de l’ALECA montre les mêmes défaillances, la même prééminence de la vision européenne sur les réalités tunisiennes. Une nouvelle fois, à l’espoir porté par un rapprochement mutuellement bénéfique, risque de succéder une nouvelle désillusion.   

Sonia BEN KHEMIS 

Biographie de notre expert :

Sonia Ben Khemis se spécialise sur les questions euro-méditerranéennes et la communication politique et institutionnelle. Jeune diplômée d’un double diplôme Magistère et Master de Relations internationales et action à l’étranger de l’Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1), elle a notamment pu produire certains travaux universitaires sur la question des migrations en Méditerranée (” Opération Triton : la continuité de Mare Nostrum”) ainsi que sur la région MENA (“Géopolitique du Qatar” en collaboration avec Florian Le Gallo).

Elle est auteur d’un mémoire intitulé “Du Printemps arabe à DAECH : évolution des relations euro-tunisiennes”.

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