Quelles sont les relations entre le gouvernement algérien et sa diaspora ?
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Ecomnews Med Redaction
lundi 17 octobre 2016 Dernière mise à jour le Lundi 17 Octobre 2016 à 09:11

L’Algérie dispose de nombreuses ressources naturelles mais le pays pourrait exploiter davantage un autre atout : sa diaspora. Un entrepreneur franco-algérien Yacine El Tabib nous explique tout ce que pourrait tirer Alger de la mobilisation de sa vaste diaspora.

Comme évoqué dans un précédent article, l’Algérie actionne bons nombres de leviers pour relancer son économie en oubliant le principal et le plus efficace, sa diaspora.

La communauté Algérienne établie à l’étranger (d’origine ou de nationalité) représente une manne abondante de cerveaux. Au lieu de s’en servir, le gouvernement Algérien la rejette. Le gouvernement Algérien a récemment envoyé un signal fort à cette diaspora dont une bonne partie sont des binationaux.

A cet effet le gouvernement Algérien vote l’article 51 de la Constitution en date du 7 février 2016 : Cet article stipule que :”L’égal accès aux fonctions et aux emplois au sein de l’État, est garanti à tous les citoyens, sans autres conditions que celles fixées par la loi. La nationalité algérienne exclusive est requise pour l’accès aux hautes responsabilités de l’État et aux fonctions politiques. 

Cette loi votée écarte de facto tous les binationaux (comme moi) qui aspire à apporter leur modeste contribution au développement politique, sociale et économique de leur pays d’origine. Cette loi a provoqué un véritable tollé au sein de la société Algérienne et de sa diaspora, plusieurs journaux ont parlé de « trahison ! », d’autres parlent de « création de plusieurs catégories d’Algériens ! ».

Pourquoi se priver de la diaspora ?

Alors la question se pose, pourquoi l’Algérie se prive volontairement de ses cerveaux établis à l’étranger sachant qu’il n’y a aucune motivation ni plan politique qui l’y favorise ? 

Peut-être que la réponse se trouve dans l’analyse d’Omar Aktouf, conférencier et professeur à HEC Montréal. Mr Aktouf dit dans une vidéo récente qu’une diaspora se segmente en plusieurs catégories.

  1. Diaspora collaboratrice : elle continue à travailler avec le pouvoir en place ;
  2. Diaspora indifférente : elle quitte le pays dans le but de l’oublier ;
  3. Diaspora rebelle : Elle quitte leur pays en révolte par rapport à ce qui se passe et œuvre à un changement.

La majeure partie de la diaspora Algérienne, est une diaspora engagée et diplômée dont j’estime faire partie. Si cette diaspora s’installe en nombre en Algérie, il en découlera certainement un engagement économique et politique fort des « revenants » terme utilisé par le professeur O. Aktouf. Le régime en place n’a peut-être pas intérêt de voir s’installer une partie de cette diaspora qui pourrait remettre en question beaucoup de prérequis en Algérie.

Durant mon cursus à l’école de commerce de Grenoble, mon professeur de finances, d’origine Algérienne d’ailleurs, me dit : “pour qu’une nation atteigne le statut de pays développé il lui faut généralement 100 ans d’industrialisation avec une politique fiscale, juridique, économique adaptées. Il existe 2 exceptions à cette règle :

  1. Corée du sud ;
  2. Israël

Le cas d’Israël

Peut-être que mon exemple fera grincer des dents en Algérie mais prenons le risque. Concernant Israël, ce pays existe depuis 1948 dans une région hostile, il a traversé plusieurs guerres mais cela ne l’a pas empêché de se développer assez rapidement.

La raison est simple, depuis sa création leur gouvernement n’a cessé de faire appel à sa diaspora qu’elle soit de gauche ou de droite, engagé ou non, d’Europe ou d’ailleurs dans le but ultime d’assurer son développement et donc sa sécurité. Nous avons par cet exemple un cas concret et contemporain de l’apport bénéfique d’une diaspora sur son pays d’origine.

Je constate (depuis mon arrivée) que l’Algérie manque cruellement de compétences et d’expertises sur son sol, surtout dans un monde de plus en plus ouvert et internationalisé. Avant de conclure j’aimerais rendre à César ce qui appartient à César. En effet le gouvernement Algérien s’est toujours engagé à protéger le citoyen contre les « aléas du capitalisme et de la mondialisation » : essence, farine, sucre, électricité, gaz, eau, logement, beaucoup de produits et services ont longtemps été subventionnés.

De plus l’Algérie s’est engagé à ne jamais intervenir militairement dans d’autres pays au nom du « principe de non ingérence », la situation stable de l’Algérie peut faire envier beaucoup de pays dans la région.

Les atouts de l’Algérie

L’Algérie est également un des rares pays dans le monde où le plein de carburant ne vous coûtera guère plus de 5 euros, où une voiture neuve sorti d’un concessionnaire peut être acheté à partir de 4000 euros, où une facture d’eau d’une maison individuelle pour un trimestre ne vous coûte qu’à peine 4 euros.

Pour finir, il faut qu’une nouvelle Algérie émerge ! Une Algérie fière d’elle même, de son histoire et de sa diversité, une Algérie ouverte et engagée économiquement et politiquement. N’oublions pas que l’Algérie est le pays le plus grand d’Afrique ! Elle possède des matières premières abondantes, un désert gigantesque (le plus grand du monde), un littoral de 1200 km. A ce titre elle se doit de devenir un leader politique et économique incontournable dans la région. Et une des solutions qui peut aider à cela, est le retour de sa diaspora et de ses binationaux comme levier de croissance ! 

Selon un rapport de l’OCDE (2008), « Ces ressources des migrations de retour peuvent être de trois types » : 

  1. Les migrants rapportent avec eux l’éducation et l’expérience professionnelle acquises à l’étranger.
  2. Ils peuvent revenir avec du capital financier, constitué par l’épargne accumulée lors du séjour à l’étranger, et qui peut être rapatriée sous une forme plus ou moins liquide.
  3. Ils disposent d’un capital social spécifique lié à leur expérience migratoire. »

L’apport de cette diaspora à un triple effet bénéfique, l’Algérie est riche à l’intérieur de ses matières premières et riche à l’extérieur de ses matières grises. Le gouvernement en place à le devoir de rapatrier ses talents qui font le bonheur de beaucoup d’entreprises et de pays dans le monde. Pour finir sur une anecdote, un ami Talbi T. diplômé de l’ESSEC travaillant pour une multinationale Suisse au Maroc, m’a dit « qu’en 6 ans passé dans les meilleurs écoles parisiennes je n’ai qu’une seule fois un élève corriger un professeur, cet élève venait d’Algérie… ».

Pour aller plus loin, ne manquez pas l’interview de Bernard Duboé, ancien Directeur de la Société Générale en Algérie, donnant ses conseils pour investir dans le pays :

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