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Karl Demyttenaere
lundi 5 décembre 2016 Dernière mise à jour le Lundi 5 Décembre 2016 à 09:29

Le 1er juillet 2010, Emmanuel Noutary est nommé délégué général d’Anima Investment Network, la plate-forme multipays de développement économique de la Méditerranée basée à Marseille. Il a accordé à Ecomnews Med une interview exclusive pour évoquer les 10 ans d’actions de cette structure mais aussi révéler son analyse sur la situation économique de cette partie du monde.

Emmanuel Noutary, délégué général d’Anima Investment Network

Ecomnews Med : Pourriez-vous présenter en quelques mots l’action et les objectifs d’ANIMA ?

ANIMA est un réseau piloté par les agences de promotion de l’investissement des pays d’Europe et de Méditerranée, dont la mission est de favoriser l’attractivité de la zone Euromed, en développant un cadre plus favorable pour le développement du secteur privé dans ces pays et en développant la coopération entre pays. Le réseau réunit aujourd’hui 79 membres dans 18 pays.

Nos actions tournent autour de trois axes : un travail d’intelligence, qui consiste à informer les acteurs économiques sur les opportunités qui existent dans la région, et sensibiliser les décideurs politiques et économiques sur les points de progrès.

Le deuxième axe concerne l’accompagnement d’entreprises et de réseaux d’entreprise dans leur internationalisation dans la région. Nous nous focalisons en particulier sur les entreprises à fort potentiel de croissance et les clusters, et accompagnons aussi les entreprises dans le pilotage de leurs impacts économiques et sociaux localement.

Enfin nous agissons comme une agence de coopération, en favorisant le transfert de bonnes pratiques entre pays, et en accompagnant le développement de projets de coopération entre pays, qui sont pilotés par ANIMA ou par les partenaires que nous accompagnons.

COP21

Photo des dirigeants qui étaient réunis pour la COP21 à Paris

La COP22 de Marrakech vient de s’achever, quelles sont vos impressions concernant les avancées environnementales pour la zone méditerranéenne ?

C’est d’abord une réussite pour le Maroc, qui a été sous le feu des projecteurs pendant toute cette COP22, et qui a largement mobilisé toutes les forces économiques dans le pays autour de l’événement. C’est bien que ce soit un pays d’Afrique, émergent, qui montre la voie et pousse pour le respect de l’agenda de Paris.

C’était une COP22 technique puisqu’il s’agissait de faire un point d’avancement depuis la COP21 afin de remobiliser pour les étapes suivantes. Dans la déclaration finale les pays se sont réengagés à respecter l’agenda de Paris, et même d’anticiper les objectifs de levée de fonds pour soutenir les projets d’atténuation et d’adaptation aux effets du changement climatique.

C’est à mon sens une réussite pour les diplomates à l’œuvre lors de cette conférence alors que le contexte de l’élection américaine faisait planer des incertitudes sur l’issue des négociations.

Selon le FEMISE qui a contribué au rapport d’ENERGIES 2050 publié à l’occasion de la COP22, l’intensité énergétique primaire s’est accrue pour les pays méditerranéens, surtout en Egypte, Algérie, Libye, ce qui veut dire que ces pays sont de plus en plus gourmands en énergie par rapport à leur niveau de PIB. Ce serait moins le cas pour le Liban et la Jordanie, mais globalement de larges progrès restent à faire.

Chez ANIMA nous constatons que les investissements directs étrangers (IDE) dans les énergies renouvelables au sud de la Méditerranée sont stables depuis 2009, autour de 50 millions d’euros par an, pour un montant moyen d’IDE annuel de 30 milliards. Cela reste faible. Globalement, il manque un cadre législatif incitatif et des instruments financiers significatifs pour développer l’économie verte dans cette région.

Mediterranee

Cela fait maintenant 10 ans que votre plateforme contribue au développement de cette partie du monde. Que retenez-vous de l’évolution économique de cette région et quels sont les facteurs clés de sa réussite ?

Je retiendrais trois éléments principaux.

D’abord la résilience de cette région, qui montre son potentiel. Malgré toutes les crises économiques, les événements politiques, les pays de la Méditerranée se sont ancrés durablement sur la carte mondiale de l’investissement. Ils attirent maintenant plus ou moins 30Mds€ d’investissement par an depuis 2009, et les tendances de 2015 sont en progrès.

En second lieu, un manque d’efficacité : malgré de nombreuses réformes qui ont amélioré le climat des affaires, la libéralisation des marchés, les politiques sectorielles, les parcs technologiques, la réforme de nombreuses institutions, les performances sont en dessous de ce qu’on pourrait espérer. Pas assez d’investissement, pas assez de synergies entre le public et le privé, pas assez de création de valeur et in fine pas assez de création d’emploi pour une jeunesse de plus en plus diplômée.

Mais je retiens aussi de bonnes raisons d’espérer : depuis ces dernières années, on constate une rotation sectorielle des investissements étrangers dans la région, vers des secteurs plus créateur de valeur ajoutée, et d’emploi directs à court terme : l’industrie automobile et l’aéronautique, le logiciel et l’informatique, la santé, l’agroalimentaire.

De plus 2015 semble marquer une reprise des investissements européens dans la région, ce qui est une bonne nouvelle car ils sont généralement le fait de PME, qui créent plus d’emplois, et positionnés dans ces nouveaux secteurs à valeur ajoutée.

La Méditerranée est à l’heure des choix. Les révolutions et le rôle qu’a pris la jeunesse dans ces mouvements, la réussite de la transition démocratique en Tunisie, la Cop22 au Maroc, permettent d’espérer: ces pays ont l’opportunité de proposer une nouvelle vision économique, en phase avec les aspirations des sociétés dans le monde d’aujourd’hui.

Un modèle qui soit basé sur le développement durable, la performance sociale, les entreprises citoyennes, l’innovation, qui pourrait faire école en Europe et ailleurs dans le monde. Et le développement durable, la finance propre, l’innovation, sont des enjeux tout à fait en ligne avec les valeurs de l’Islam contemporain.

Anima

De quelle façon votre plateforme a contribué au développement des affaires en Méditerranée ces 10 dernières années ? Auriez-vous quelques chiffres significatifs que vous souhaiteriez mettre en avant ?

Concernant notre travail d’intelligence économique, nous avons analysé et promu dans nos observatoires près de 10 000 projets d’investissement et de partenariats d’affaires, 600 fonds d’investissement qui ciblent la Méditerranée, et la stratégie de 300 structures d’appui à l’innovation. Nous avons publié près d’une centaine d’études, guides et rapports pour promouvoir les opportunités dans cette région.

Si l’on regarde notre impact opérationnel, ANIMA a permis en 10 ans la conclusion de plus de 2000 partenariats d’affaires entre entreprises européennes et méditerranéennes. Nous avons aussi financé directement ou par de l’intermédiation une soixantaine d’entreprises. Nous avons formé 4500 professionnels du développement économique dans le cadre de nos séminaires de partage d’expérience.

Enfin nous avons aussi un impact institutionnel, puisque nous sommes à l’origine de la création des premiers réseaux de business angels au Maroc, en Tunisie et en Jordanie. Nous avons aussi participé

à la création des agences de promotion de l’investissement de Chypre et de Turquie. Et nous sommes aussi à l’origine de la création de clusters de producteurs laitiers, que nous avons aidé à se fédérer pour adresser de nouveaux marchés en Tunisie, Liban, Egypte, Italie et Grèce.

Riche de votre expérience de 10 ans et de votre connaissance de la zone, quels conseils donneriez-vous aux entrepreneurs envisageant d’investir dans le bassin méditerranéen ?

S’il s’agit d’entrepreneurs européens qui se posent encore des questions sur ces marchés, je leur dirais de venir voir ce qui se passe en Méditerranée. Le flux médiatique d’information concernant ces pays masque une masse de belles réussites, de personnalités talentueuses, d’aventures industrielles réussies, dont on n’entend pas parler.

Le sud de la Méditerranée est à deux heures d’avion de l’Europe, sur les mêmes fuseaux horaires. Nos réseaux, et les missions d’affaires que nous proposons avec nos partenaires sont des bonnes opportunités pour venir se faire une idée sur ces pays, rencontrer des partenaires potentiels, sentir ces marchés.

S’il s’agit d’entrepreneurs ayant déjà pris la décision d’y investir, je leur conseillerais de s’allier avec des partenaires locaux, de se connecter à l’écosystème, aux réseaux d’entrepreneurs. Administrativement, culturellement, ces pays sont très proches de l’Europe, notamment des pays du sud de l’Europe.

Mais les codes et les habitudes y sont parfois un peu différents et il vaut mieux être accompagné pour éviter de perdre du temps. Je conseillerais aussi de bien respecter les procédures administratives. Dans la plupart des pays, l’investisseur étranger est bien accompagné, et il peut rapatrier les dividendes qu’il souhaite, à condition qu’il ait bien respecté toutes les étapes lors de son implantation. Donc ne pas vouloir aller plus vite que l’administration, car on peut le regretter ensuite.

Drapeau Tunisie

Selon vous, quels sont les défis à court et moyen terme de la transition économique tunisienne? Quel rôle va jouer le plan quinquennal 2016-2020 dans cette transition ?

La Tunisie a réussi sa transition démocratique. Politiquement, constitutionnellement, c’est un succès, mais cela a occupé tous les efforts de la classe dirigeante. Il faut aujourd’hui que la Tunisie explique sa nouvelle vision économique, son modèle.

Cela n’a pas été le cas jusqu’à aujourd’hui. La conférence Tunisia 2020 est une étape importante et probablement le point d’un nouveau départ. La nouvelle vision que j’évoquais plus haut a de grandes chances de venir de ce pays.

Votre rapport indique que la Turquie et Israël ont une meilleure santé économique que le reste des pays de la région. Comment vous l’expliquez, malgré la situation politique délicate (intérieure comme extérieure) dans ces deux pays ?

Notre rapport fait un bilan des dix dernières années, et il ne traite que de l’attractivité des pays vis-à-vis des investisseurs étrangers. Il y a encore très peu de temps, la Turquie était présentée comme le modèle à suivre pour les nouvelles démocraties arabes. Son succès sur la décennie s’explique par sa position géographique, au croisement des marchés européens, asiatiques et du Moyen-Orient.

Les négociations d’accession à l’Union européenne ont été également un accélérateur d’attractivité pour le pays. Enfin c’est un pays qui a eu une stratégie de diplomatie économique et d’investissement étranger très performante, notamment en Méditerranée.

Israël est un cas à part. C’est le second marché mondial et un pionnier pour l’industrie du capital risque après les Etats-Unis ! C’est aussi un pays qui a une vraie stratégie patrimoniale en matière de recherche et développement, d’innovation. Les universités sont encouragées à déposer des brevets et à les valoriser, ce qui fait que les grandes entreprises high-tech, généralement américaines, y sont attirées. 80% des investissements étrangers en Israël sont américains, donc il y a une très forte dépendance vis-à-vis des USA.

La part des investissements méditerranéens demeure inférieure à 4% depuis plus de 10 ans. Quelle serait, selon vous, les changements à réaliser afin d’augmenter cette part ?

Ces chiffres sont globaux pour la région et il faut prendre les pays individuellement pour évaluer les performances. Le Liban et la Jordanie, malgré leur faible niveau d’IDE en valeur absolue, ont une plutôt bonne performance sur la décennie si l’on compare les ratios d’IDE par habitant.

Les investisseurs sont attirés par des marchés politiquement stables, dans lesquels ils disposent de réservoirs de main d’œuvre employable, d’un environnement de sous-traitance ou de débouché de marché favorable. Donc tout ce qui favorisera la visibilité politique à moyen terme, l’employabilité, le développement d’une classe moyenne consommatrice et les capacités entrepreneuriales et technologiques dans ces pays renforcera leur attractivité.

Quels sont les prochains défis de la plateforme ANIMA ?

Nous souhaitons travailler sur l’efficacité. Celle des entreprises, qui doivent avoir de meilleures performantes sociales et environnementales, devenir de meilleurs citoyens et être reconnues et récompensées pour cela. Et celles des organismes d’accompagnement, qui doivent offrir des services plus efficaces, plus innovants, en phase avec les besoins de ces nouveaux entrepreneurs qui innovent et ont des problématiques de croissance.

Un autre enjeu est la montée en gamme industrielle des pays de la Méditerranée. Le niveau technologique est encore trop faible, il bride la valeur de leurs exportations, et il bride aussi l’intégration Sud-Sud.

Cela passe par des partenariats internationaux pour capter et acquérir cette technologie, par l’attraction d’investissements extérieurs, par de la mutualisation au sein des clusters, et par un rapprochement entre la recherche publique et l’industrie qui sont trop déconnectées aujourd’hui. 

Pour aller plus loin cliquez sur la couverture afin de découvrir le rapport complet d’Anima pour ces 10 ans.

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