Les dessous de l’accord de l’OPEP, l’Algérie à la manœuvre ?
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Karl Demyttenaere
mercredi 21 décembre 2016 Dernière mise à jour le Mercredi 21 Décembre 2016 à 15:19

Le 30 novembre, les 14 membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) sont parvenus à s’accorder sur une réduction de leur production d’or noir à Vienne. Comment la diplomatie algérienne et le ministre de l’Energie Noureddine Boutarfa ont largement contribué à cet accord inattendu.

Une réunion des pays-membres de l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole)

Le ministre de l’Energie algérien Noureddine Boutarfa a fait des étincelles pour rendre possible la signature de l’accord historique du 30 novembre à Vienne. Rien de surprenant pour cet ingénieur qui a fait toute sa carrière dans le secteur de l’électricité avant d’atterrir dans l’univers du pétrole.

Nommé ministre de l’Energie en juin, Noureddine Boutarfa a la lourde tache d’obtenir la confirmation de l’Opep concernant l’accord conclu en septembre à Alger sur la réduction de la production de 33,6 millions de barils par jour à 32,5 millions. L’enjeu pour l’Algérie est important puisque 95% de ses rentrées de devises viennent des exportations de pétrole.

Course contre la montre avant la réunion

Le marathon diplomatique du ministre a débuté dès le 28 novembre à Alger, deux jours avant la réunion, lorsqu’il rencontre Eulegio del Pino, ministre vénézuélien du Pétrole. Caracas, très dépendant du pétrole pour son économie, est sur la même ligne qu’Alger.

Les deux ministres décollent ensemble pour Moscou avec pour objectif de convaincre le géant russe, l’un des principaux producteurs mondiaux d’hydrocarbures, de signer l’accord. La Russie a atteint à la fin de l’été 2016, avec 11 millions de b/j, son plus haut niveau de production depuis la chute de l’URSS. Son ministre de l’Energie, Alexander Novak, défendait alors un gel de son niveau de production, mais pas de réduction.

Pour convaincre son homologue russe, Noureddine Boutarfa aurait insisté sur le rôle que pourrait jouer Moscou dans la signature de cet accord historique, la Russie assumant un rôle de pilotage avec l’Opep pour faire respecter les décisions prises à Vienne afin que que tous les pays, membres ou non de l’organisation pétrolière, jouent le jeu du gel et de la diminution. Alexander Novak rejoint la ligne de l’Algérie.

Un intermédiaire efficace

Un nouveau pas est franchi pour le ministre algérien qui s’embarque à la veille de la réunion de l’Opep pour Vienne. Il rencontre directement dans l’aéroport de la capitale autrichienne son homologue iranien Bijan Namdar Zanganeh. Ecarté de la scène internationale pendant des années avec l’embargo, Téhéran veut rattraper le temps perdu en reprenant ses parts de marché, en particulier par son rival saoudien, mais ouvre la porte à un accord éventuel. 

Poursuivant son marathon, le ministre algérien rencontre Jabar Ali al-Luaibi, son homologue irakien, avant d’échanger avec les ministres saoudien, émirati, qatari et koweïtien.

Le membre du gouvernement algérien joue les go-between, fait des navettes entre les interlocuteurs et diminuent les divergences patiemment. Il capitalise sur l’aura dont jouit le président Bouteflika dans cette partie du monde. En effet, le dirigeant algérien y a vécu durant sa « traversée du désert », de six ans jusqu’en 1989. Alger mise aussi sur son rôle d’interlocuteur « neutre » dans une région de la planète où les rivalités et rancoeurs sont fortes.

Autre atouts, la visite toute récente du Premier ministre, Abdelmalek Sellal, en Arabie saoudite en novembre. Le chef du gouvernement a pu déjà évoqué avec les Saoudiens l’opportunité d’un accord dans lequel chaque acteur trouverait son compte. 

Pour de derniers réglages, Noureddine Boutarfa revoit son homologue iranien qui se révéle satisfait des échanges avec les ministres du Golfe.

Le lendemain, l’accord est signé. Dès son annonce, le prix du baril bondit à 55 dollars, alors qu’il avait chuté seulement quelques mois en arrière (27 dollars en février). Mais reste à savoir combien de temps va durer cette hausse ?

Pour en savoir plus sur l’économie algérienne, découvrez l’analyse de Bernard Duboé, ancien Directeur de la Société Générale en Algérie :

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