Elections en Egypte : Une révolution pour rien ?
#Actualite #BuzzNews #Decideurs #Economie #EnDirectDe #Institutions #Politique #EGYPTE
Sami Bouzid
mardi 27 mars 2018 Dernière mise à jour le Mardi 27 Mars 2018 à 09:23

La quatrième élection présidentielle de l’histoire égyptienne se tient du 26 au 28 mars. L’ex-maréchal et président sortant Abdelfatah al Sissi est assuré de la victoire. Analyse

 

En 2014 Al Sissi avait été élu avec plus de 96% des voix

Avant même le scrutin, on peut d’ores et déjà parier sans risque sur une victoire du président Al Sissi. Ce dernier a tout mis en œuvre pour se retrouver sans réelle opposition. Seul un candidat de dernière minute a reçu l’aval de la commission pour le dépôt des candidatures. Moussa Mostafa Moussa, leader du parti libéral Ghad, affrontera-sans illusion- le puissant maréchal.

En réalité, sa candidature en catimini est un simple coup de peinture sur la devanture d’une démocratie déjà en berne. Moussa Mostafa Moussa, et son parti, soutiennent la politique de l’actuel président et n’ont même pas pris le soin d’élaborer un réel programme. Il est d’ailleurs peu connu au sein de la population “C’est qui le deuxième ?” ou encore “Moussa Moustafa Moussa qui ? Je ne le connais pas”,déclarent des jeunes Egyptiens au micro de RFI en janvier.

Pourtant en 2011, le pays méditerranéen se détache de trente ans de dictature d’un autre militaire : Hosni Moubarak. Les manifestants revendiquent alors une démocratie digne de ce nom en se regroupant sur la place Tahrir ( Libération en arabe ).

Un essai non concluant ?

C’est l’opinion de nombreux dirigeants occidentaux et de l’armée égyptienne. Car le pays des Pharaons a bien connu une élection démocratique. En juin 2012, Mohamed Morsi président du parti Liberté et Justice, affilié aux frères musulmans, accède à l’autorité suprême en battant Ahmed Chafik l’ancien Premier ministre. Il devient le premier président élu au suffrage universel direct, et le premier civil à occuper ce poste.

Un an après son élection, sa politique jugée par ses opposants comme rigoriste et entrainant des dérives islamistes provoque des manifestations qui font descendre près de 12 millions d’Egyptiens dans les rues. Le 3 juillet 2013, un coup d’Etat militaire le renverse sous la direction de l’homme fort de l’armée : Al Sissi. L’ex-actuel et futur président égyptien emprisonne l’ensemble des dirigeants des Frères Musulmans, et réprime dans le sang les manifestations qui suivront.

Prés de 800 condamnations à mort sont prononcées, dont celle de Mohamed Morsi, dans des procès expéditifs. Soutenu par les occidentaux dont les réticences à la présidence de Mohamed Morsi ne laissait planer aucun doute. Al Sissi profite de l’instabilité régionale et du terrorisme pour se poser comme un acteur indéboulonnable. Les droits de l’Homme “Je suis pour, mais ce n’est pas le moment” lance t-il lors de sa rencontre avec François Hollande en 2016. 

Un bilan mitigé et une société muselée

Le maréchal Al Sissi se fait élire en 2014 avec 96,4% des voix. Il entreprend de larges réformes structurelles dans le pays. Dos au mur, il accepte un prêt de 12 milliards de dollars du Fonds Monétaire International (FMI) contre la promesse de réformes. Ainsi, il amorce de grands projets d’infrastructures, comme le nouveau Canal de Suez inauguré en présence de François Hollande.

Une politique de rigueur est lancée: baisse des subvenions aux produits de base, flottaison de la livre entre autres. Pour la population cela se traduit par une hausse des prix. En 2016, le pays connaît une inflation de plus de 20%. L’opposition muselée et les citoyens par peur du régime subissent et se lassent de la situation. L’élection présidentielle est d’ailleurs peu suivi par la population et encore moins par les expatriés appelé aux urnes le 16 mars dernier. “Je n’ai pas voté” admet un jeune Egyptien installée en France à la sortie de l’ambassade à Paris. 

Plus surprenant, l’ambassade n’affiche pas les résultats et les officiels sur place peinent à les connaître ou à les communiquer. Une opacité à l’image d’une élection dont la seule certitude est la réélection du sortant et la continuité du régime militaire en Egypte. 

Réagissez à cet article

Vos commentaires

Rejoignez la discussion

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *