Tunisie : Edwin Le Héron accuse un système économique inchangé malgré la révolution
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Nour Ben M'Barek
mercredi 13 juin 2018 Dernière mise à jour le Mercredi 13 Juin 2018 à 14:08

L’économiste Edwin Le Héron, interrogé par le journal Libération, livre son analyse de la situation économique stagnante de la Tunisie. Retour sur l’interview.

 

Entrée de l’Université de droit de Tunis.

Sept ans après la chute du président Ben Ali, E.Le Héron, économiste, professeur à Sciences Po Bordeaux et ayant étudié à Sfax, fait le constat de l’immobilité économique.

Il explique que les schémas fonctionnels qui ont composé le système de développement économique tunisien depuis le siècle dernier sont restés les mêmes, malgré les avancées démocratiques et sociales que le pays a pu s’offrir.

Il explique d’une part, cette stagnation du développement économique par la nature même du modèle économique en question. La Tunisie est un pays qui dispose d’une économie de rente qui ne lui permet pas d’offrir un terreau économique favorable aux initiatives entrepreneuriales, Le Héron explique que “les businessmen ont bien plus intérêt à négocier l’importation de voitures Renault qu’à essayer d’imaginer la production de ces voitures.”

Il explique également que les économies de rente incitent fortement les pratiques clientélistes et les logiques de corruption dans le cadre desquels le milieu des affaires paie leurs privilèges et leurs monopoles. En outre, l’État défend ce modèle de développement et le protège car c’est aussi une source de revenus importante pour lui. Bien que les réseaux ne soient plus rattachés à l’Ancien Régime, ils se sont rattachés au nouveau, aisément.

Par ailleurs, l’environnement extérieur (Europe, Chine) et la superficie du pays (qui n’offre pas un marché attractif) ne permettent pas à la Tunisie de concurrencer les marchés avoisinants. La situation libyenne a également porté préjudice à la situation économique en réduisant les flux d’argent en provenance de l’est.

L’économiste fait le constat d’un affaiblissement des options pour le pays qui, malgré une embellie économique au premier trimestre 2018, demeure prisonnier de son modèle de développement prédateur et coincé entre deux sphères économiques qui l’étouffent.

Avec près de 20% de chômeurs diplômés, la Tunisie n’arrive pas à construire un marché du travail valorisant qui répond aux exigences du capital humain en terme de qualification, elle ne crée que des “emplois précaires” qui engendrent pour ces populations très qualifiées des frustrations et des tensions entre les différents groupes sociaux.

Le pays du Jasmin a néanmoins quelques alternatives à l’immobilité économique. L’Africa Blockchain Summit qui s’est tenu au mois de mai, à Tunis pourrait apporter des solutions viables en permettant une transition économique par la digitalisation, par exemple.

Pour en savoir plus, découvrez nos vidéos sur l’actualité économique de la Tunisie :

 

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