Tunisie : Le marché de l'emploi face à ses contradictions
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Diallo Anna
mardi 9 octobre 2018 Dernière mise à jour le Mardi 9 Octobre 2018 à 13:25

Publié le 27 septembre 2018, le dernier rapport de l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) met en lumière les nombreux paradoxes du marché de l’emploi Tunisien. Le plus criant étant le nombre de postes vacants estimé à 107 000, soit 30 000 de plus qu’en 2017, alors que le taux de chômage national dépasse les 15%, et les diplômés représentant encore un tiers de ces sans emploi.

Des postes vacants et des travailleurs sans emploi. C’est entre autres le constat que tire le dernier rapport de l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE). En tête des professions où le nombre des postes vacants est le plus élevé on retrouve :

  • les cadres de direction avec 21 474 postes vacants
  • les métiers de l’artisanat, de l’imprimerie et de l’industrie avec 17 024 postes vacants
  • les attachés commerciaux et représentants technico-commerciaux  avec 15 563 postes vacants
  • et les ingénieurs en technologie de l’information et de la communication (TIC) avec 12 553 postes vacants
  • Selon Majdi Hassen, directeur exécutif de l’IACE, cela s’explique par des « activités de terrain, comme par exemple le travail d’agent commercial, [qui] attirent de moins en moins de jeunes, car elles sont chronophages et demandent une personnalité adaptée au contact avec le client ».

La fuite des cerveaux, qui s’est accentué ces deux dernières années, et l’enseignement sont en cause.

Fuite des cerveaux

L’Ordre des Ingénieurs Tunisiens (OIT) estime à 10 000 le nombre de diplômés du secteur des TIC qui, une fois formés en Tunisie, ont quitté le pays lors des trois dernières années, pour aller principalement vers la France, l’Allemagne et le Canada.

La première raison de cette forte émigration se trouve dans une rémunération au minimum deux fois et demie plus élevée que sur le territoire.

Selon Abdessattar Hosni, secrétaire général de l’OIT, le pays frôle « la catastrophe, alors que tout s’informatise dans l’administration, la finance, etc. S’il n’y a pas assez d’hommes et de femmes pour faire face à la demande, la Tunisie ne pourra pas s’adapter à ces technologies et risque de compromettre sa souveraineté ».

L’enseignement : “Un énorme écart entre la formation et les besoins” 

L’économiste Mongi Boughzala note qu’il « existe un énorme écart entre la formation et les besoins » en Tunisie. Les entreprises tunisiennes déplorent le manque de « soft skills », soit les qualités humaines et relationnelles, sur le marché de l’emploi, mais pourtant elles sont à peine 40% à faire part de leurs besoins aux bureaux d’emploi.

Empêchant ainsi les structures de formation de s’adapter efficacement à la demande, à laquelle on peut aussi rajouter le besoin de compétences dans les langues et en informatique.

Les Tunisiens parlent en majorité l’arabe et le français, mais ne maîtrisent pas forcément cette seconde langue, et le niveau d’anglais dans le pays laisse à désirer.

Autant de raisons qui freinent la mise en place de réformes pouvant aider à remédier à ce problème qui, selon le responsable de l’Ordre des ingénieurs, devrait être traité de manière prioritaire par le gouvernement.

« Avant 2010, on s’en moquait, pourvu que les étudiants ne fassent pas trop de grabuge. Depuis 2011, il y a eu de petites tentatives, mais les gouvernements n’étaient pas assez stables. Or, d’un point de vue rationnel, ça aurait dû être une priorité », ajoute Mongi Boughzala.

Des universités qui ne sont pas adaptées aux réalités de leur environnement, des étudiants diplômés préférant partir travailler à l’étranger… des faits qui pourraient expliquer qu’il y est aujourd’hui en Tunisie 107 000 postes vacants alors même que le taux de chômage s’élève à plus de 15 %.

Pour en savoir plus, découvrez nos vidéos sur l’actualité économique de la Tunisie :

 

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