L’économie israélienne est aujourd’hui la plus développée, la plus puissante et la plus dynamique de la région
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Denys Bédarride
jeudi 10 janvier 2019 Dernière mise à jour le Jeudi 10 Janvier 2019 à 09:29

Parce que la croissance a été telle depuis quinze ans que le PIB d’Israël équivaut quasiment au PIB cumulé de l’Égypte, du Liban, de la Jordanie, de la Palestine et de la Syrie. Ensuite parce que l’excédent dégagé par les comptes extérieurs depuis la première moitié des années 2000 a pris un caractère structurel et gonflé les avoirs extérieurs de la Banque Centrale dans des proportions telles qu’Israël est passé du statut de débiteur net à celui de créditeur net.

 

Enfin parce qu’Israël est devenu un des acteurs majeurs, sinon l’acteur principal, sur le marché du gaz en Méditerranée Orientale. Il a toute chance de l’être davantage encore quand le champ de Léviathan entrera en production à la fin de l’année 2019 et quand le développement des champs de Karish et de Tanin sera achevé.

La performance d’Israël dans le domaine économique et financier et, plus encore, l’accession d’Israël au statut de puissance régionale ont manifestement été prises en compte par les marchés. D’abord parce que le CDS à 5 ans (qui a été ramené de 197 pb à la fin de l’année 2011 à 70 pb à la fin du mois de novembre 2018) compte parmi les plus bas de la région. 

Ensuite parce que l’appréciation portée par les agences de notation sur la qualité du risque souverain est manifestement orientée dans le bon sens, le fait que S & P ait porté la note d’Israël de A+/A– à AA-/A-1+ dans le courant de l’été étant révélateur à cet égard.

Enfin parce qu’Israël reste en mesure de solliciter ad nutum le marché international des capitaux dans de bonnes conditions, même si l’excédent dégagé par sa balance des paiements est tel qu’il n’a, techniquement parlant, pas besoin de le faire.

La performance économique et financière de l’année 2018 a été conforme à ce qu’on pouvait attendre

Sauf choc exogène, celle de l’année 2019 a toute chance de s’inscrire dans son prolongement.

D’abord parce que la croissance en volume du PIB excèdera celle de l’année 2017 et pourrait s’établir à 3,6%, soit à un niveau qui sera sensiblement supérieur à la croissance moyenne des pays de l’OCDE et à celle des pays de la zone ANMO

Ensuite parce que le taux de chômage, qui ne dépassait pas 3,9% de la population active à la fin du mois de juin et le taux d’inflation qui, calculé en glissement annuel, était limité à 1,2% à la fin du mois de novembre ont toute chance de s’établir à un niveau qui peut être considéré comme faible, historiquement parlant. 

Enfin parce que l’excédent de la balance courante même si la performance pour le moins médiocre des exportations de biens le tire vers le bas et celui de la balance des paiements seront tels que le montant des avoirs extérieurs de la Banque Centrale augmentera encore. Il pourrait s’établir à près de 121 Mds$ soit 32,2% du PIB en fin d’année.

La seule ombre au tableau vient ou pourrait venir du déficit public

D’abord parce que les caisses de l’État ne sont plus alimentées par les recettes « one shot » qui avaient caractérisé l’exercice 2016 et, plus encore, l’exercice 2017. Ensuite parce que la dépense publique augmente dans des proportions significatives alors même que le montant des recettes baisse, ce qui n’est qu’à moitié surprenant dans un contexte où la dissolution du Parlement pourrait intervenir dans les semaines ou les mois à venir. 

Enfin parce que les projections disponibles ne permettent pas d’exclure que le déficit public passe de 2,2% du PIB en 2017 à 3,2%, voire 3,3% du PIB en 2018 alors même que la construction budgétaire le plafonnait à 2,9% du PIB. Le fait que le déficit d’exécution ait sensiblement augmenté, passant de 3,272 Mds de NIS au cours des onze premiers mois de l’année 2017 à 24,86 Mds de NIS au cours des onze premiers mois de l’année 2018, est significatif à cet égard.

Il n’y a pas pour autant péril en la demeure. D’une part parce que le déficit enregistré au cours des onze premiers mois de l’exécution budgétaire ne représente que 1,9% du PIB, ce qui permet d’espérer que le déficit public pourra être limité à un peu moins de 3% du PIB sur l’ensemble de l’année. 

D’autre part parce que le financement du déficit qu’il soit inférieur ou supérieur à 3% du PIB, n’est pas et ne sera pas un problème dans un contexte où la dette publique ne dépassait pas 58% du PIB à la fin du mois de septembre 2018.

Sauf à ce qu’un choc exogène quelle qu’en soit la nature intervienne, la performance économique et financière de l’année 2019 a toute chance de s’inscrire dans le prolongement de celle de l’année 2018

D’abord parce que la croissance en volume du PIB sera probablement comparable à celle de l’année 201839 et, en tout état de cause, supérieure à celle de la zone ANMO. Ensuite parce que le taux d’inflation et, plus encore, le taux de chômage continueront à s’établir à faible niveau

Enfin parce que la physionomie des comptes extérieurs n’évoluera qu’à la marge, l’excédent substantiel qu’ils sont appelés à dégager nourrissant mécaniquement l’augmentation tendancielle des avoirs extérieurs de la Banque Centrale dont le montant pourrait approcher 126 Mds$, soit 32,2% du PIB, en fin d’année 2019.

La question qui reste posée est savoir si et comment les Autorités de Tel Aviv pourront contenir ou réduire le déficit public en 2019 s’il vient à « casser » la barre symbolique des 3% du PIB en 2018

La réponse va d’autant moins de soi à ce stade que le projet de budget 2019 n’a ni été finalisé, ni présenté à la Knesset et que le premier semestre de l’année 2019 pourrait être marqué par une campagne électorale. L’expérience passée n’en permet pas moins de penser que le Gouvernement, quel qu’il soit, fera le maximum pour stabiliser le déficit public au même niveau qu’en 2018 à défaut de pouvoir le réduire.

La situation du système bancaire qui n’est qu’une des composantes du système financier n’inspire pas d’inquiétude particulière à ce stade

D’abord parce que la supervision exercée par la Banque d’Israël compte parmi les plus vigilantes, les plus exigeantes et les plus professionnelles de la région, même si elle ne couvre ni les compagnies d’assurances, ni les institutions financières nonbancaires.

Ensuite parce que la Banque d’Israël est d’autant plus en mesure de contrôler ce qui doit l’être que le nombre des banques commerciales a été ramené de 45 (dont 23 banques locales) au tout début des années 2000 à 24 (dont 12 banques locales) à la fin de l’année 2017 et que le système bancaire compte parmi les plus concentrés de la région, le marché restant dominé par les cinq banques locales les plus importantes

Enfin parce que sa situation financière est communément considérée comme solide et satisfaisante, que ce soit sur le terrain de la liquidité sur celui de la capitalisation ou sur celui de la rentabilité

La qualité des encours bancaires s’est améliorée dans des proportions significatives depuis la fin des années 2000

D’une part parce que le montant des créances douteuses a été ramené de 4% des prêts bruts à la fin de l’année 2010 à 1,3% des prêts bruts à la fin du mois de juin 2018. D’autre part parce que leur taux de provisionnement est passé de 47,1% à 91,5% dans le même temps.

Les nuances qui méritent d’être apportées à un tableau globalement positif sont au nombre de deux :

La première tient au poids croissant du secteur immobilier dans les encours bancaires. Il en représentait 50% à la fin du mois de juin 2018, soit un pourcentage qui compte parmi les plus élevés de la région. Il n’y a pas lieu d’en être excessivement inquiet pour autant

D’une part parce que les prix de l’immobilier résidentiel sont en voie de stabilisation, notamment à la vente. D’autre part parce que c’est un sujet qui mobilise depuis longtemps l’attention de la Banque d’Israël, comme l’attestent les mesures prudentielles qu’elle a prises dans ce domaine depuis le tout début des années 2010.

La seconde touche à un phénomène nouveau et inquiétant, à savoir la montée en puissance des arriérés de paiement et des sinistres sur les prêts personnels. Il concerne à la fois les banques commerciales et les sociétés de cartes de crédits. 

Même s’il ne faut ni en exagérer l’importance, ni en dramatiser les conséquences potentielles à ce stade, il n’en mérite pas moins un suivi attentif. D’une part parce que les prêts personnels représentent une part non négligeable des encours bancaires. 

D’autre part parce que leur « taux de sinistralité » serait désormais supérieur à la moyenne alors qu’il était jusqu’à une date récente inférieur à la moyenne. 

 
Source : Direction générale du Trésor 
 

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