Le FMI débloque deux milliards de prêt pour l’Egypte, une aubaine pour Al Sissi ?
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Camille Dubruelh
vendredi 8 février 2019 Dernière mise à jour le Vendredi 8 Février 2019 à 10:05

Le Fonds monétaire international a débloqué une nouvelle tranche du prêt accordé à l’Egypte suite à ses bons résultats économiques. Le pays doit recevoir deux milliards de dollars, et ce alors que le président Al Sissi est en pleine manoeuvre politique.

 
C’est une belle récompense pour l’Egypte. Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé lundi 4 février le déblocage d’une nouvelle tranche de prêt de quelque deux milliards de dollars en faveur du pays. Une somme qui s’ajoute au paiement d’environ 10 milliards de dollars versés depuis novembre 2016, lorsque les autorités égyptiennes avaient obtenu un plan de soutien de 12 milliards de dollars de la part de l’institution monétaire.
 
Cette tranche a été débloquée à l’issue d’un nouvel examen du programme de réformes économiques égyptien. Dès le 25 janvier, la directrice générale du FMI Christine Lagarde avait félicité le pays pour ses “progrès substantiels pour parvenir à une stabilisation macroéconomique”. Elle avait ainsi donné son feu vert pour le déblocage de la nouvelle tranche du prêt, en suspens depuis l’automne. Selon le communiqué du FMI, ces fonds doivent servir à “améliorer le fonctionnement du marché des devises, réduire le déficit et la dette et générer de la croissance pour créer des emplois, en particulier pour les femmes et les jeunes”.
 
Pour satisfaire aux critères de l’organisme financier, le gouvernement n’y est pas allé de main morte : instauration d’une TVA à 13 %, flottement de la livre qui a perdu la moitié de sa valeur, passant de 8,8 livres à 18 livres pour un dollar. Si l’on en croit les chiffres du FMI, les résultats sont là : le pays enregistre le taux de croissance le plus élevé de la région, le déficit budgétaire est en baisse et l’inflation devrait être conforme aux objectifs de la Banque centrale d’ici fin 2019.

Al Sissi, président jusqu’en 2034 ?

Ces indicateurs au vert pourraient constituer une aubaine pour le président en exercice Abdel Fattah Al Sissi, justement en pleine manoeuvre politique. Une centaine de députés égyptiens ont en effet déposé le 3 février un projet d’amendement de la Constitution pour permettre au chef de l’Etat de se maintenir au pouvoir pendant douze années supplémentaires après la fin de son actuel mandat en 2022.
 
Comment ? Le texte prévoit tout d’abord une modification de l’article 140 de la Constitution égyptienne avec un allongement de quatre à six ans de la durée du mandat présidentiel. Une “clause transitoire” remettrait aussi à zéro le compteur du nombre de mandats déjà effectués. Conséquence : le chef de l’Etat serait autorisé à briguer deux mandats supplémentaires après son actuel mandat et pourrait ainsi se maintenir au pouvoir jusqu’en 2034… Pour être adoptée, ces amendements devront obtenir l’aval des deux tiers de l’assemblée, quasiment entièrement acquise au président, avant d’être validés par un référendum national.

Des classes moyennes

L’opposition politique grince déjà des dents. Quant à la population égyptienne, pas sûre qu’elle approuve dans son ensemble le maintien à long terme de l’homme fort du pays. Si elles entendent parler des bons résultats économiques, les classes moyennes ne profitent pas vraiment des retombées, au contraire notait le journal français Libération en début d’année.
 
Depuis le début du plan de sauvetage du FMI, la hausse des prix a lourdement pesé sur les ménages. Eau potable, riz, poulet, sans parler de l’électricité et des transports, tous les biens courants ont augmenté afin de respecter les conditions du programme de prêts du FMI. Et si elle a aujourd’hui chuté après un record de 33% en juillet 2017, l’inflation reste toujours élevée, à 13%. Quant au chômage, bien qu’en baisse (un peu moins de 10%), il cache en fait de fortes disparités puisque plus de 30% des jeunes sont aujourd’hui sans emploi.
 
Les perspectives économiques globales sont tout de même au beau fixe pour le pays. Selon un rapport de l’université Harvard publié en mai, l’Égypte se placera au troisième rang des pays qui enregistreront la plus forte croissance au monde d’ici à 2026 (avec une moyenne de 6,63 % sur la période). Reste à savoir si ses fruits profiteront au plus grand nombre…

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