L’Union africaine avance ses pions dans le dossier libyen
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Camille Dubruelh
vendredi 15 février 2019 Dernière mise à jour le Vendredi 15 Février 2019 à 10:40

L’Union africaine entend jouer un rôle dans la résolution du conflit libyen. Réunie en sommet dans la capitale éthiopienne les 10 et 11 février derniers, l’organisation panafricaine a appelé à la tenue d’une conférence en juillet et à l’organisation d’élections législatives à l’automne prochain. Cette médiation a-t-elle une chance d’aboutir ?

L’Union africaine prend à bras le corps le dossier libyen. Dans ce qui a constitué l’un des moments forts du sommet de l’organisation panafricaine à Addis Abeba le 11 février, le chef de l’Etat égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, tout juste nommé président pour un an de l’organisation panafricaine, a évoqué le sort du pays d’Afrique du Nord.

L’Afrique a décidé d’appuyer la Libye dans ses efforts pour sortir de la guerre et du terrorisme”, a-t-il clamé, insistant sur l’importance de trouver “des solutions africaines à des problèmes africains”.  

Les 55 pays réclament ainsi l’organisation d’une conférence en juillet pour réunir les acteurs de cette crise. L’assemblée de l’UA demande au président de la Commission, Moussa Faki Mahamat, d’œuvrer “dans le but de convoquer à Addis-Abeba, en [juillet] 2019, une conférence internationale sur la réconciliation en Libye, sous les auspices de l’UA et de l’ONU”, a ainsi indiqué l’organisation panafricaine dans un communiqué à l’issue de son sommet.

Dépasser “le souvenir amer d’un échec”

Par cette requête, les Etats africains veulent se replacer dans l’épineux dossier libyen, pour l’instant laissé aux mains de l’ONU et des puissances occidentales. Un diplomate africain a indiqué à l’AFP que les chefs d’Etat du continent voyaient d’un très mauvais œil ce qu’ils considèrent comme des “interférences de pays extérieurs à l’Afrique” lors des dernières conférences ayant rassemblé les acteurs du dossier.

Depuis son échec en plein coeur de la crise en 2011, l’UA a été la grande absente des négociations. “La tentative de médiation africaine avortée n’a pas réussi face au volontarisme franco-britannique”, rappelle Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM), répondant à EcomNews Med. Les pays africains veulent désormais trouver le moyen de dépasser “le souvenir amer d’un échec de dernière minute pour trouver une issue pacifique”.

Forte de deux succès

L’organisation panafricaine a désormais à son actif deux succès conséquents, un compromis signé au Soudan du Sud en septembre 2018 et, pas plus tard que la semaine dernière, un accord de paix signé à Bangui en Centrafrique. Ces victoires lui laissent le loisir d’espérer pouvoir mener à bien les négociations en Libye.

Si cette médiation est dirigée par l’Union africaine, de façon complémentaire des Nations unies, je pense qu’elle est de nature à faire bouger les lignes et à accélérer le processus”, explique encore le spécialiste de la Libye, précisant que l’UA offre une tribune commune qui permet aux chefs d’Etats concernés (Tchad, Soudan, Tunisie, Algérie notamment) d’accorder leurs violons.

De son côté, le commissaire Paix et sécurité de l’Union africaine, l’Algérien Smaïl Chergui, l’a dit sans détour sur le média français RFI : “Il faut que le représentant spécial de l’ONU en Libye, le Libanais Ghassan Salamé, coopère plus avec nous, les Africains”. 

Elections en octobre 2019

Les Libyens sont prêts à pardonner aux Etats africains leur proximité avec Kadhafi”, assure Hasni Abidi, persuadé que l’UA “peut jouer un rôle si elle conçoit cette mission avec toutes les parties” et fait l’effort nécessaire pour ne pas que la médiation soit perçue comme une ingérence africaine.

L’assemblée de l’Union africaine a par ailleurs réclamé de prendre “toutes les mesures nécessaires”, avec l’ONU et le gouvernement libyen, “pour l’organisation d’élections présidentielle et législatives en octobre 2019”. “Les délais ne sont pas sacrés en Libye mais il faut un calendrier pour commencer ces efforts de médiation”, assure Hasni Abidi. “Si les élections viennent compliquer la situation, il vaut mieux reporter”. 

Pays dans le chaos

Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est plongée dans le chaos. Le pays est aujourd’hui divisé en deux avec, d’un côté, le gouvernement d’union nationale installé à Tripoli (nord-ouest), internationalement reconnu, et, de l’autre, un cabinet parallèle appuyé par l’Armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar. Ce second gouvernement installé à Tobrouk, règne sur le nord-est du territoire et désormais sur une grande partie du sud.

Parmi les principaux alliés militaires du maréchal Haftar, le président égyptien Al-Sissi. Une donnée qui pourra créer des réticences libyennes quant à une médiation africaine. Si l’Union africaine, dont il est à la tête, prend le rôle d’intermédiaire dans ce conflit, le chef de l’Etat égyptien pourra-t-il rester neutre ?

Si Al-Sissi incarne la médiation africaine, il y aura des résistances”, s’inquiète le chercheur. “Le gouvernement de l’ouest (dirigé par Fayez el-Sarraj) est réservé quant à un rôle accru du président égyptien qui soutient ouvertement le général Haftar”.

Si le président de l’UA se contente d’être “l’initiateur” de la médiation par contre, “elle a beaucoup plus de chance”, assure encore le directeur du CERMAM. Une certitude : “L’UA a un rôle à jouer, tout dépendra de la volonté politique du président actuel”.

Reste à savoir si les mesures annoncées lors du sommet de l’UA relevait plus d’un discours de prise de fonction ou d’un véritable programme politique ?

Photo : ©Abdul-Jawad Elhusuni

 

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