René Trabelsi : “Il y a une révolution dans le tourisme tunisien”
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Camille Dubruelh
vendredi 22 février 2019 Dernière mise à jour le Vendredi 22 Février 2019 à 10:08

Le tourisme tunisien est sur la bonne pente. Le secteur, qui emploie 10% de la population, a connu une grave crise suite à la révolution puis aux attentats qui ont touché le pays en 2015. Mais depuis peu, le pays bénéficie d’un regain d’intérêt, tant de la part de ses marchés traditionnels que de nouveaux clients. En visite à Paris pour le Forum économique franco-tunisien organisé par Business France, le ministre du Tourisme René Trabelsi s’est félicité de cette embellie, tout en faisant le point sur les défis à surmonter. Interview.

Pouvez-vous dresser le bilan de l’état du tourisme en Tunisie ?

Le tourisme progresse depuis l’année dernière. Nous avons très bien fini l’année 2018, grâce à une évolution positive de tous les marchés classiques et de nouveaux marchés, comme le marché russe et le marché chinois. Nous avons fini à huit millions de touristes. L’objectif pour 2019 est d’atteindre neuf millions de touristes, dont un million de Français.

A titre de comparaison, 1,4 million de Français avaient visité le pays en 2010, juste avant la révolution. Le marché était numéro un sur la Tunisie.

Nous devons sensibiliser tout le monde sur le fait que le marché français est très important, touristiquement et économiquement. C’est une population qui a l’habitude de sortir dans les souks, d’acheter de l’artisanat et ça c’est très important pour notre économie.

Faut-il développer un autre type de tourisme ou se concentrer sur le tourisme de masse ?

Il y a une révolution dans le tourisme tunisien. Depuis 2011, nous sentons une volonté de chercher un autre type de tourisme.

Le tourisme culturel et alternatif est très important. Des investisseurs locaux et étrangers ont fait de nouvelles propositions, par exemple sur le tourisme agricole, le tourisme écologique, le tourisme sportif. Tout cela a évolué entre 2013 et 2018.

Le tourisme médical commence aussi à bien fonctionner en Tunisie. Nous notons par ailleurs l’arrivée d’une nouvelle clientèle, de nouvelles nationalités, comme les Chinois, les ressortissants des pays du Golfe ou de l’Afrique… Mais il faut tout de même garder le tourisme traditionnel. Nous avons 240 000 lits à remplir!

 

Quels sont les freins au développement du secteur ?

Le premier frein est l’endettement des hôteliers, qui ne leur permet pas d’augmenter la qualité des établissements. La situation de l’environnement, touché par l’effondrement des municipalités dans toute la Tunisie, constitue aussi un problème important. Nous travaillons sur cela, nous avons par exemple mis en place le tri sélectif dans toutes les zones touristiques…

Le manque de personnel qualifié est un autre frein. Beaucoup de jeunes sont partis, notamment la main d’oeuvre qualifiée, qui regarde vers le Golfe ou l’Europe. Aujourd’hui, nous aidons les écoles de tourisme pour que sortent davantage de personnel diplômé.

Au niveau sécurité, tout se passe bien, tout le monde est aux normes.

Quelles régions souhaitez-vous promouvoir ?

Nous essayons de travailler les niches, comme Tabarka, l’île de Kerkennah ou le Sud tunisien, lui aussi frappé par la crise. Nous avons l’oasis de Tozeur, le désert et dans cette régions, nous essayons par exemple de faire revenir les grands rallyes.

C’est très important car d’une part, ce tourisme fait vivre les zones de l’intérieur, mais cela nous permet également d’animer l’hiver, la moyenne et la basse saison.

L’offre de transports est-elle suffisante pour répondre aux ambitions tunisiennes ?

La flotte n’est pas suffisante pour absorber les demandes. Nous voulons que Tunisair restructure la compagnie et fasse entrer de nouveaux appareils. La compagnie Nouvelair fait par exemple entrer cette année trois Airbus 320.

Nous sommes aussi en train de négocier l’ouverture de l’open sky en Tunisie (l’ouverture du ciel tunisien à toutes les compagnies européennes, low cost notamment), afin d’amener une nouvelle clientèle.

Quels sont les marchés que vous souhaitez toucher ?

Il faut tout d’abord faire revenir les marchés traditionnels. Nous voulons que les Italiens et les Espagnols reviennent. Mais d’un autre côté, nous voulons que la Tunisie soit une destination mondiale. Pour cela, nous menons des opérations de séduction, aux Etats-Unis notamment.

Nous avons aussi trois vols par semaine sur Montréal. Nous souhaitons que les Canadiens viennent passer des vacances en Tunisie. Ils peuvent par exemple être intéressés par le désert en basse saison, lorsqu’il fait très froid chez eux !

 

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