La construction du barrage de Bisri fait polémique  
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Rédaction Ecomnews Med
jeudi 14 mars 2019 Dernière mise à jour le Jeudi 14 Mars 2019 à 08:17

Le projet du barrage de la vallée de Bisri est très contesté au Liban. L’objet de la polémique : la construction du projet sur une faille sismique majeure. Le souvenir est encore vivace du séisme de 1956 (magnitude 5.1) ayant causé 148 décès, et les habitants craignent qu’un nouveau tremblement de terre conduise à l’effondrement du barrage.

C’est un projet censé répondre au besoin en eau du Grand Beyrouth. Pour le gouvernement libanais et la Banque Mondiale (BM), financier majoritaire, le projet du barrage de la vallée de Bisri est essentiel pour palier au manque chronique d’eau dont souffrent les 1,6 million d’habitants de la capitale libanaise. Le choix de la vallée de Bisri n’est pas fortuit : située à 35 km au sud de Beyrouth et à proximité immédiate avec la rivière Nahr El-Awali, c’est un emplacement idéal.

Le gouvernement libanais et la Banque Mondiale se veulent rassurants. Cette dernière affirme que des experts mondialement reconnus ont validé la conformité des études de projet aux normes de prudence et de sécurité les plus strictes, notamment en ce qui concerne le risque sismique.

Le Conseil du Développement et de la Reconstruction(CDR), organisme gouvernemental qui supervise les projets d’infrastructure, assure, pour sa part, que le barrage peut résister à un séisme de magnitude 8. Elie Moussali, ingénieur au CDR, va plus loin et affirme : « Du point de vue géologique, il est normal que les failles traversent les montagnes, où coulent les rivières et où les barrages sont construits ».

Entre craintes et appréhensions de la population

Ces messages n’ont visiblement pas convaincu les représentants de la société civile et les associations de protection de l’environnement, qui s’opposent farouchement à ce projet et militent pour qu’il soit abandonné. Au-delà du risque sismique que craignent les habitants de la vallée, ces derniers déplorent surtout l’impact environnemental, culturel et économique immédiat du projet.

Même si le plan du CDR prévoit un fond de compensation pour les agriculteurs, ces derniers, en provenance d’une quinzaine de villages craignent de voir leurs terrains expropriés et leurs emplois disparaître et de ne plus pouvoir exercer une activité qu’ils considèrent, par ailleurs, comme leur seul et unique métier. Des craintes subsistent également quant à la disparition éventuelle de sites archéologiques de grande importance dans la vallée.

L’église de Mar Moussa et des vestiges romains pourraient ainsi être réduits à néant. Toutefois, l’objection la plus importante de la population reste le risque sismique qu’engendrerait le barrage. Pour les habitants de la vallée de Bisri, le projet doit être tout bonnement abandonné !

544 millions d’euros

Marie Ferhat, porte-parole des manifestants anti-barrage de Bisri considère que : « ce projet entraînera l’abattage d’arbres, la destruction de vestiges archéologiques et l’exode de populations, tout ça pour que le Liban soit endetté indéfiniment envers la Banque mondiale ».

Le chantier du barrage de Bisri devra durer neuf ans et coûter environ 544 millions d’euros (financé en grande partie par un prêt de la Banque Mondiale). Une fois achevé, le barrage aura une capacité de 125 millions de m3 et couvrira 450 ha, ce qui en fera le deuxième plus grand barrage du Liban.

 

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