Algérie : Chronique d'une révolte
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Sami Bouzid
vendredi 29 mars 2019 Dernière mise à jour le Vendredi 29 Mars 2019 à 09:26

L’Algérie est au centre des regards en Méditerranée, le plus grand pays d’Afrique connaît depuis plusieurs semaines un mouvement populaire visant à faire chuter un système sclérosé par deux décennies de règne. Retour sur les éventements qui secouent le pays.

Personne ne l’a vu venir, mais pourtant il fallait s’en douter. Le peuple algérien s’est réveillé pour dire non à un cinquième mandat du président sortant Abdelaziz Bouteflika. L’homme, diminué depuis plus de sept ans par un AVC, voulait conserver le pouvoir à la faveur d’un nouveau mandat.

Si les Algériens « patients » ont accepté un quatrième mandat déjà très critiqué à l’époque, le président n’ayant même pas tenu un seul meeting durant la campagne de 2014, l’humiliation du cinquième mandat était celle de trop. Des centaines de milliers d’Algériennes et d’Algériens sont alors descendus dans les rues et petit à petit, le clan présidentielle s’est mis à reculer devant la vague pacifiste qui a déferlé sur le pays.

« Ramenez la BRI ou la Saiiqa pas de cinquième mandat pour Bouteflika »

Dès le 2 février, le Front de Libération Nationale (FLN) annonce la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat, une candidature soutenue entre autres par le Forum des Chefs d’Entreprises (FCE) et le Rassemblement national démocratique , parti allié du FLN et dont est issu le Premier ministre Ahmed Ouyahia. Ce dernier soutient la candidature quand bien même il admet « qu’il est évident que le Président ne peut animer sa campagne ».

Bouteflika, lui, fera l’annonce de sa candidature par un courrier qu’il adresse à la nation le 10 février. Il y évoque son état de santé et son amour pour la patrie qui lui permettront selon lui «  de transcender les contraintes liées aux ennuis de santé ». Le début de la fin pour la président de 82 ans. Dès le lendemain, des manifestations ont lieu dans plusieurs villes du pays. Le vendredi 22 février marque le début des vendredis de contestations devenus le symbole d’un pays qui veut changer. De Constantine à Oran , d’Annaba à Alger de Tizi Ouzou à Sidi Bel Abès, des centaines de milliers de manifestants envahissent les rues.

Tout le monde a le regard rivé sur la réaction du pouvoir et les potentielles violences qui pourraient émaner du mouvement. Que nenni, les Algériens et les Algériennes chantent la paix et montrent qu’ils n’ont plus peur du pouvoir « Ramenez la BRI ou la DRS, pas de cinquième mandat pour Bouteflika » (la BRI est le service d’intervention de la Police et la Saiiqa, sont les forces spéciales de l’armée.

Mais il n’en est rien, en réalité les policiers sont souvent d’accord avec les manifestants et n’usent pas de la force. De la même façon, l’ensemble des catégories socio-professionnelles rejoint petit à petit le mouvement. Les étudiants, les avocats, les pompiers ou encore les magistrats se joignent au mouvement alors que Bouteflika est hospitalisé dès le 24 février à Genève pour des examens médicaux.

Le pouvoir chavire

Le 3 mars, la candidature d’Abdelaziz Bouteflika est déposée auprès du Conseil constitutionnel par son directeur de campagne. Le président adresse alors une lettre où il s’engage à ne pas aller au bout de son mandat. Une annonce qui ne satisfait pas les manifestants, qui continuent de demander le départ du pouvoir. Le 11 mars, nouveau rebondissement : Abdelaziz Bouteflika renonce au cinquième mandat et annonce que l’élection est reportée. « On voulait une élection sans Bouteflika, on se retrouve sans élection et avec Bouteflika » scande alors le peuple algérien.

A partir de ce moment, les choses s’accélèrent. Le 15 mars, des centaines de milliers de personnes déferlent sur Alger. Le camp Bouteflika ne veut rien entendre et confirme que le président restera au pouvoir après la date de fin de son mandat au 28 avril. Il faudra attendre mardi 26 mars pour voir l’armée siffler la fin de l’ère Bouteflika.

Dans un message lu devant des officiers, le chef d’Etat major de l’Armée nationale populaire, le puissant Ahmed Gaïd Salah, demande le recours à l’article 102 de la constitution pour « constater la vacance à la présidence, vu l’état de santé du président ». Le jour même, un autre allié fidèle lâche le clan Bouteflika. Ahmed Ouyahia et son parti le RND demandent « la démission du président » .

Le clan Bouteflika de plus en plus isolé semble maintenant dans l’obligation de céder le pouvoir. Mais à qui ? Et dans quelles conditions ? Tout autant de questions que les Algériennes et les Algériens continuent de poser en réclamant d’une même voix « un nouveau modèle».

 

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