Maroc : La foule se mobilise pour assouplir la loi interdisant l'avortement
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Camille Dubruelh
jeudi 27 juin 2019 Dernière mise à jour le Jeudi 27 Juin 2019 à 08:51

Des manifestations ont eu lieu le 25 juin devant le Parlement à Rabat pour demander une refonte de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG), qui, selon les manifestants, serait responsable du plus grand nombre d’avortements clandestins et d’abandons d’enfants.

Une foule de manifestants a déposé devant le Parlement des poupées portant l’inscription « Article 453 », ce mardi 25 juin. Un symbole, qui fait référence à l’article de loi punissant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) de six mois à cinq ans de prison, sauf quand la santé de la mère est en danger.

600 à 800 avortements clandestins chaque jour, et 200 000 par an

Dirigée par le professeur Chafik Chraïbi, un médecin engagé dans la lutte contre l’avortement clandestin, cette action est à l’initiative de l’Association marocaine de lutte contre les avortements clandestins (Amlac). « Ça fait une dizaine d’années que nous militons pour une légalisation ne serait-ce que partielle de l’avortement », a expliqué Chafik Chraïbi. « L’article 453 est discriminatoire et ne prend pas en compte celles qui font des grossesses non désirées. Il est temps de le supprimer pour que ces femmes n’aient plus recours à l’avortement clandestin », a assuré de son côté à l’AFP Laila Majdouli, une militante de longue date pour les droits des femmes.

D’après les associations, 600 à 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour, dans des conditions sanitaires parfois désastreuses. La mortalité maternelle demeure très élevée au Maroc (de l’ordre de 228 pour 100 000 naissances), dont 13 % des cas causés par des avortements, selon des données de l’OMS citées par l’Amlac.

Un projet de loi coincé depuis 2016 dans le circuit législatif

Les grossesses non désirées engendrent aussi un bon nombre d’abandons d’enfants. Selon certaines estimations, jusqu’à 150 enfants sont abandonnés chaque jour. Les enfants nés hors mariage sont considérés comme « illégitimes » par la loi, et portent ce stigmate tout au long de leur vie.

Aucune loi n’a été établie depuis le débat de 2015. Cette année-là, le Maroc avait lancé une discussion sur le caractère urgent d’un assouplissement de sa législation. Le roi Mohammed VI s’était même saisi du dossier en chargeant une commission officielle de soumettre des propositions.

Cette commission avait recommandé d’autoriser l’avortement dans « quelques cas de force majeure », notamment en cas de viol ou de graves malformations. Aucune loi depuis n’a rendu définitives ces recommandations.

 

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