Tunisie : Après 24 ans de règne et 8 ans d'exil, Zine el-Abidine Ben Ali est décédé. Retour sur son parcours
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Eric Emmanuel Galland
vendredi 20 septembre 2019 Dernière mise à jour le Vendredi 20 Septembre 2019 à 13:50

Zine el-Abidine Ben Ali est décédé à Djeddah le 19 septembre, à l’âge de 83 ans. De son accession au pouvoir à l’exil en Arabie Saoudite, Ecomnews vous propose un retour détaillé sur près d’un quart de siècle de règne autoritaire.

Le 14 janvier 2011, le président Zine el-Abidine Ben Ali quitte la Tunisie dans la précipitation pour rejoindre l’Arabie Saoudite, suivi par la majeure partie de son clan. Jugé par contumace pour homicides volontaires et malversations financières, il fait l’objet de près de 200 condamnations et ne remettra plus jamais les pieds dans le pays qu’il dirigeait d’une main de fer depuis 1987. Il restera en exil à Djeddah jusqu’à son décès survenu ce 19 septembre 2019.

Le 17 décembre 2010, quelques semaines avant la fuite du président autoritaire, Mohamed Bouazizi s’immole devant le siège du gouvenorat de Sidi Bouzid, une petite localité du centre du pays. La police venait de confisquer les fruits et légumes que le jeune étudiant de 26 ans comptait vendre pour assurer sa subsistance, sous prétexte qu’il ne détenait pas de permis.

 

Exemple flagrant de la « hogra », une forme de mépris dont se plaignaient les jeunes de tout le Maghreb, cet événement tragique a provoqué un soulèvement populaire, qui s’est même répandu dans les pays voisins à l’occasion des « printemps arabes ».

Après 24 ans de règne, cet événement aura abouti en moins d’un mois, à la fuite du président Ben Ali et son clan.

 

Un parcours chaotique avant l’accession au pouvoir

Né le 3 septembre 1936 à Hammam Sousse, Zine -el Abidine Ben Ali a poursuivi des études militaires à Saint-Cyr, puis à l’école d’artillerie de Châlons-sur-Marne, avant d’hériter des fonctions de directeur de la sécurité militaire de Tunisie, qu’il occupera de 1958 à 1974.

Après avoir échoué a constituer l’union de défense tuniso-lybienne, il est une première fois éloigné du pays pour devenir attaché militaire à l’ambassade de Tunisie au Maroc. Il reviendra trois ans plus tard à Tunis, appelé à prendre la direction de la sûreté nationale. C’est là qu’il révélera sa fermeté au grand jour, en matant une manifestation de manière impitoyable, en janvier 1978.

Deux ans plus tard, sous la pression de sa femme Wassilia, le président Habib Bourguiba l’éloigne une nouvelle fois du pays en le nommant Ambassadeur de Tunisie en Pologne. En 1984, le « père de la nation » le rappelle pour mettre fin aux « émeutes du pain ». Zine el-Abidine Ben Ali devient alors secrétaire d’État à la sécurité nationale et entame sa conquête du pouvoir.

Nommé Ministre de l’intérieur en 1986, il donne naissance au fameux « système Ben Ali » en affirmant vouloir lutter contre l’islamisme radical. Campagne de désinformation, libération de prisonniers pour attaquer les extrémistes…. tous les moyens sont bons, même les plus inavouables, pour lutter contre les intégristes religieux qui prennent leurs aises dans le pays.

L’année suivante, en 1987, Zine el-Abidine Ben Ali devient Premier ministre, un prestigieux poste à partir duquel il mènera le « coup d’État sanitaire » qui lui permettra de remplacer le président Bouguiba, qu’il prétend sénile, malade et incapable de diriger le pays. Son accession au palais de Carthage suscitera alors un immense espoir.

 

Un président bien vu depuis l’étranger

Durant son règne, le président Ben Ali a aura récolté les louanges des dirigeants européens, dont les Français, qui salueront sa lutte contre l’islamisme radical, ses actions pour le droit des femmes et les performances économiques de la Tunisie.

En effet, il aura su bâtir une économie touristiques qui a permis au pays d’afficher une croissance annuelle vacillant entre 6 et 8%, un bon score pour un petit pays qui, contrairement à ses puissants voisins, ne bénéficie pas de ressources pétrolifères.

En Tunisie le jugement est tout autre. Le peuple estime que la redistribution des richesses est inégale, voire illégale.

 

Un règne maintenu par la peur

L’immense espoir qui a fait suite à la prise de pouvoir de Zine el-Abidine Ben Ali s’est rapidement estompé. La presse est muselée, la justice est mise aux ordres et le multipartisme est interdit. Tout ceux qui osent exprimer leur mécontentement s’exposent à des représailles allant du redressement fiscal au tabassage en règle, en passant par des détentions arbitraires et des campagnes d’insultes et de désinformation. Les Tunisiens sont obligés d’adhérer au RCD, le parti au pouvoir, pour espérer obtenir un emploi, un diplôme ou un permis de conduire.

La stratégie mise en place par le Président Ben Ali est efficace pour continuer d’occuper le palais de Carthage. Unique candidat à la présidentielle de 1994, il sera réélu avec 99,9% des suffrages par un peuple terrorisé. Les élections de 1999, 2004 et 2009 aboutiront à un résultat similaire.

Mais ces plébiscites affichés ne sont qu’illusion. A l’intérieur des foyers, si la peur prend le dessus sur la colère, le mécontentement grandit. Le chômage s’installe, surtout chez les jeunes, et la graine de la révolte commence à germer.

 

 

La mainmise de Ben Ali et son clan sur les richesse du pays

Si personne n’ose exprimer sa haine à l’égard du président, il est tenu responsable, en sourdine, de tous les maux du pays. Ben Ali et sa clique sont accusés de s’accaparer les richesse du pays. Une rapine mise en œuvre par un clan qui ne cesse de grandir, constitué des frères, des gendres, des neveux du Président, mais aussi de la belle famille Trabelsi. En somme, toutes les grandes entreprises et tout ce qui prospère dans le pays leur appartient tandis que, du côté du peuple, le chômage s’installe et les salaires sont maintenus à leur niveau le plus bas.

 

Une présidence à temps partiel

Au milieu des années 2000, Zine el-Abdine Ben Ali, conforté dans son pouvoir, prend du recul et se montre de moins en moins présent dans son bureau du palais de Carthage. Il passe un temps considérable avec son dernier fils né en 2005, Mohamed Zine, pour lequel il voue une passion sans pareille. Il se retranche dans un cocon familial tissé par Leila Trabesi, sa seconde épouse depuis 1992.

Celui qui excellait à prendre la température de son pays grâce à ses services secrets et ses relais policiers se détourne petit à petit du pouvoir, en laissant son clan diriger le pays et piller ses ressources. En 2008, la région reculée de Gafsa est secouée, durant plus d’un an, par des troubles liés au chômage et au manque de perspectives. Le président Ben Ali a sous-estimé ces émeutes qui sonnaient pourtant comme un avertissement.

 

Printemps Arabe et fin d’un règne autoritaire

Début 2011, alors que le peuple tunisien ose enfin se révolter suite à l’événement de Sidi Bouzid, le président Ben Ali multiplie les discours devant la nation. Les rôle semblent s’inverser lorsque l’occupant du palais de Carthage, qui a fait trembler le pays pendant près d’un quart de siècle, apparaît fébrile et apeuré à la télévision le 13 janvier 2011, tenant des propos tels que « on m’a trompé ! », « je n’étais pas au courant » et même « je vous ai compris ». Cette ultime tentative ne suffit pas à calmer les émeutes et Zine el-Abidine Ben Ali prend la fuite 24h plus tard, dans des conditions piteuses.

La victoire du peuple tunisien et l’exil de son président aura donné confiance aux pays voisins qui auront eux aussi tenté de faire leur révolution lors des « printemps arabes », avec des destins différents.

Depuis sa fuite en Arabie Saoudite le 14 janvier 2011, le président Ben Ali n’est jamais retourné en Tunisie. 8 ans plus tard, malgré l’instabilité politique et la crise économique qui frappe le pays, le peuple tunisien a une nouvelle fois exprimé sa haine à l’égard du président déchu et sa clique : Abir Moussi, candidate nostalgique de l’ancien régime aux élections présidentielles du 15 septembre 2019, a obtenu un score de seulement 4%.

Quatre jour plus tard, Zine el-Abidine Ben Ali est mort à l’âge de 83 ans, dans un hôpital de Djeddah, en Arabie Saoudite.

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