Jordanie : Le niveau de croissance de son PIB, encore insuffisant pour stabiliser le chômage
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Denys Bédarride
vendredi 4 octobre 2019 Dernière mise à jour le Vendredi 4 Octobre 2019 à 13:22

Les indicateurs disponibles à ce stade confirment que la croissance du PIB en 2019 ne devrait être que légèrement supérieure à celle de l’année passée (1,9% en 2018). Après s’être établie à 2% en glissement annuel au premier trimestre 2019, elle a toute chance de s’établir à un niveau compris entre 2% et 2,3% sur l’ensemble de l’année.

Les services du FMI tablent pour leur part sur un chiffre proche de 2,2%. Ce ne sera probablement pas suffisant pour stabiliser le taux de chômage, voire pour en contenir l’augmentation, alors qu’il est passé de 11,9% de la population active en 2014 à 18,6% de la population active en 2018 avant d’atteindre 19,2% au second trimestre de l’année 2019.

La conclusion d’un programme avec le Fonds Monétaire International à l’été 2016 avait pour objectif d’accompagner la Jordanie dans la réduction de ses « déficits jumeaux » (déficit des paiements courants et déficit public).

Les évolutions de la position extérieure du Royaume au cours des dernières années vont plutôt dans le bon sens puisque le déficit des paiements courants a été ramené de 10,6% du PIB en 2017 à 7% du PIB en 2018. Il devrait s’établir à un niveau similaire en 2019.

Cette stabilisation s’explique en partie par la réduction du déficit commercial, dû pour partie à la hausse des exportations mais également à la baisse des importations, qui peut s’expliquer par un ralentissement de la consommation.

Le déficit des paiements courants est financé, en partie, par les entrées de capitaux et les investissements directs étrangers, qui devraient repartir à la hausse en 2019 après avoir diminué de près de moitié en 2018).

La balance des paiements affiche toutefois un déficit depuis plusieurs années, qui n’a pu être financé en 2017 et 2018 que par un important soutien de la communauté internationale, structuré, en partie au moins, par le programme conclu avec le FMI et par la mobilisation des avoirs extérieurs nets du système bancaire et, plus encore, de la Banque Centrale dont les réserves mobilisables avaient été ramenées de 14,3 Mds$ à la fin de l’année 2017 à 12,5 Mds$ à la fin de l’année 2018.

La combinaison d’un déficit moins important de la balance des paiements en 2019 et d’un soutien renouvelé des partenaires financiers de la Jordanie (notamment à l’issue de l’Initiative de Londres organisée au mois de février 2019) devrait permettre à la Banque Centrale de reconstituer ses réserves de change : elles sont passées de 11,84 Mds$ au mois de juillet 2018 à 13,3 Mds$ au mois de juillet 2019.

Sans que la situation ne puisse être considérée comme inquiétante, les mesures d’ajustement budgétaire prises par les Autorités d’Amman pour réduire le déficit public peinent à produire leurs effets. Alors que la situation budgétaire s’était déjà dégradée au cours de l’année 2018 en raison de rentrées fiscales inférieures à celles de l’année passée (15,9% du PIB en 2017 et 15,8% du PIB en 2018 alors que l’objectif du programme conclu avec le FMI était de les porter à 18,8% du PIB), le déficit public (dons compris) ne devrait pas se réduire significativement en 2019.

L’objectif du Gouvernement, établi conjointement avec le FMI, est de ramener le déficit primaire hors dons de 3% du PIB en 2018 à 1,4% du PIB en 2019. Il n’est pas dit que cet objectif puisse être atteint et il pourrait in fine s’établir à un niveau compris entre 2,5% du PIB et 3% du PIB. La capacité des Autorités d’Amman à accroître le niveau de recettes (fiscales et non-fiscales) et à rationaliser les dépenses publiques tout en préservant un niveau suffisante de dépenses en capital sera déterminante pour arriver à stabiliser les comptes publics et stimuler l’activité économique, la consommation et l’investissement en premier lieu.

Si les prévisions établies au printemps tablaient sur une très légère augmentation de la dette publique de 94,4% du PIB à la fin de l’année 2018 à 94,6% du PIB à la fin de l’année 2019, celle-ci pourrait augmenter dans des proportions plus importantes dans la mesure où elle a augmenté de 3,1 point de PIB entre le mois de janvier et le mois de juin 2019.

Pour rappel, l’objectif du programme conclu avec le FMI était de la ramener à 77% du PIB d’ici 2021. La stabilisation des comptes publics sera déterminante pour améliorer la situation économique et financière du Royaume.

Source : Benoît Jonveaux, Service Économique Régional, Ambassade de France au Liban

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