Palestine : Quelle est sa situation financière ? Analyse
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Denys Bédarride
vendredi 4 octobre 2019 Dernière mise à jour le Vendredi 4 Octobre 2019 à 07:20

La situation financière de la Palestine est, par nature, fragile et vulnérable dans un contexte de fortes contraintes pesant sur la capacité de l’Autorité Palestinienne (A.P.) à générer des recettes budgétaires et d’autres sources de financement limitées.

Elle dépend pour beaucoup à la fois des transferts financiers réalisés par Israël (clearance revenues, qui représentent en moyenne deux tiers des recettes de l’A.P. et se sont établis à 2,5 Mds$ en 2018) et de l’aide internationale, sous forme d’aide budgétaire ou de financement de projets de développement.

Or, l’aide extérieure a sensiblement diminué au cours des dernières années, passant de 1,4 Md$ en 2013 à 665 M$ en 2018. Dès lors, et malgré les mesures mises en œuvre par l’A.P. pour accroître ses recettes domestiques (qui sont passées de 850 M$ en 2013 à 1,3 Md$ en 2018), l’A.P. se trouve confrontée à un déficit de financement constant, voire croissant, depuis le début de la décennie. En 2018, le déficit public avant prise en compte de l’aide extérieure s’élevait à 1,08 Mds$ (soit 7,2% du PIB) et à 406 M$ (soit 2,7% du PIB) après prise en compte de l’aide extérieure.

Le déficit public ne peut être comblé qu’en accumulant des arriérés de paiement (dont le montant est compris entre 2,7 Mds$ et 2,8 Mds$, soit 18% à 19% du PIB) et qu’en sollicitant le secteur bancaire domestique (qui est déjà sous pression et dont l’exposition au secteur public est plafonnée par la Palestine Monetary Authority).

Fait marquant du début de l’année 2019, la mise en application par Israël de la Palestinian Prisoners’ Law a entraîné la réduction des transferts effectués à l’A.P. (appelés clearance revenues) à hauteur du montant des indemnités reversées aux familles des prisonniers à et celles des « martyrs ». Considérant cette déduction illégale et irrecevable, l’A.P. a refusé l’intégralité du transfert et a fait savoir qu’elle n’accepterait que les transferts qui ne seraient diminués d’aucun montant. Les positions des deux parties n’ayant pas évolué depuis le mois de février, l’A.P. se retrouve amputée d’un financement qui représentait en moyenne 65% à 70% de ses recettes budgétaires.

Dans ce contexte, l’A.P. a suspendu le vote du budget 2019, remplacé par un « plan d’urgence » qui présente un certain nombre de mesures d’austérités afin de réduire les dépenses publiques. La première d’entre elle, et la plus importante, est la réduction des salaires des employés de la fonction publique, qui représente, selon les années, 40% à 50% de la dépense publique à hauteur de 50% pour tout salaire mensuel supérieur à 2 000 NIS – ce qui est le cas d’environ 60% des employés de l’Autorité Palestinienne – ainsi que le gel de tout nouveau recrutement dans la fonction publique. La deuxième est la réduction de 20% des dépenses courantes de fonctionnement des Ministères et de l’Autorité. La troisième est le gel de tout nouveau financement domestique de projet d’investissement public.

Le plan d’urgence présenté par l’A.P. prévoit également un recours accru à l’aide internationale (ce qui ne s’est pas réalisé) ainsi qu’au secteur bancaire pour financer le déficit public, ce qui risque de fragiliser le secteur encore davantage dans un contexte où les mesures d’austérité qui ont été mises en œuvre ne manqueront pas d’affecter négativement la liquidité et la rentabilité des banques ainsi que le montant des créances douteuses. Les prêts aux employés de l’A.P. représentent près de 20% des prêts nets.

La dette publique de l’A.P. est passée de 2,3 Mds$ au mois de janvier 2019 à 2,9 Mds$ au mois d’août 2019, soit une augmentation de 25%. Cet accroissement provient quasi-exclusivement de l’endettement vis-à- vis des banques, qui est passé de 1,3 Md$ à 1,8 Md$ (soit une augmentation de 39%) dans le même temps.

Les comptes publiés par le Ministère des Finances palestinien (sur une base caisse) pour les premiers mois de l’année 2019 confirment la contraction du budget de l’A.P. et l’accroissement du déficit budgétaire, qui, après prise en compte de l’aide extérieure, a été ramené d’un excédent de 185 M$ au cours du premier semestre 2018 à un déficit de 223 M$ au cours du premier semestre 2019.

Le déficit public, sur une base d’engagements, devrait quant à lui être bien supérieur et se traduire par l’accumulation d’arriérés de paiements. Les engagements pris auprès des contractors de l’A.P. s’étant maintenu au même niveau qu’en 2018 tandis que les règlements qui leur ont été effectués ne s’élèvent en moyenne qu’à 40% des sommes dues. La Banque mondiale estime ainsi que les arriérés accumulés vis-à-vis des employés, des entreprises, des institutions publiques et du fonds de retraite ont atteint près de 700 M$ au cours du premier semestre 2019.

Source : Benoît Jonveaux, Service Économique Régional, Ambassade de France au Liban 

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