Turquie : Ankara lance son offensive en Syrie
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Sami Bouzid
vendredi 11 octobre 2019 Dernière mise à jour le Vendredi 11 Octobre 2019 à 13:30

Le président Recep Tayyip Erdogan a décidé de lancer mercredi une opération militaire dans le nord-est de la Syrie. Baptisé « Source de paix », l’opération vise les forces des Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde considérée comme terroriste par Ankara.

 

« Nous éliminerons la menace terroriste dirigée contre notre pays ». Le président Erdogan se veut ferme face à la montée en influence des forces kurdes. C’est donc sans surprise que cette opération a été lancée, la Turquie craignant depuis plusieurs années que les Kurdes créent une zone autonome dans le Rojava (Kurdistan syrien). Il a certes fallu attendre l’aval de Washington pour lancer l’opération, et c’est de la Maison Blanche que la surprise est finalement venue. Lundi, Donald Trump a pris de court ses alliés européens et Kurdes en annonçant « un redéploiement des troupes américaines du Nord-est de la Syrie ».

En clair ? Le président américain donne son aval à une offensive militaire turque malgré les réticences dans la classe politique américaine, y compris chez les Républicains. Faisant fi d’une vision à long terme, Trump préfère « sortir de ces guerres ridicules et sans fin , dont beaucoup sont tribales.»

Plusieurs dizaines de morts dès les premières heures

L’armée turque a déployé près de 80.000 hommes pour cette opération. L’aviation a commencé les bombardements mercredi 9 octobre. Les positions des Unités de protection du peuple (YPG) à Ras al-Aïn et Tal Abyad, deux localités du nord-est de la Syrie proches de la frontière turque, ont été visées. Au moins 29 combattants des forces kurdes et 10 civils ont été tués par les frappes aériennes et les tirs d’artillerie de l’armée turque selon l’Observatoire Syrien des droits de l’Homme (OSDH). A cela, il faut ajouter également le déplacement de plus de 60.000 personnes.

Ankara de son côté a annoncé la mort d’un soldat vendredi, et la télévision étatique a rapporté que des projectiles tirés depuis la Syrie ont atteint des villages turques, causant la mort de sept personnes.

La communauté internationale s’offusque 

« Offensive dangereuse », « agression », « sérieuse préoccupation » , les réactions internationales sont quasi unanimes pour condamner une opération que beaucoup jugent comme ouvrant une voie au retour de Daesh dans la région. La France, par son ministre des Affaires étrangères, a fermement condamné cette opération, arguant qu’elle « remet en cause les efforts sécuritaires et humanitaires de la Coalition contre Daech et risque de porter atteinte à la sécurité des Européens».

Côté britannique, même son de cloche. Dans un communiqué, le chef de la diplomatie Dominic Raab a regretté « une opération risque de déstabiliser la région, exacerber la crise humanitaire et saper les progrès accomplis dans la lutte contre Daech ».

La Russie, alliée de la Syrie et de la Turquie, veut de son côté « défendre la nécessité d’établir un dialogue entre la Turquie et la Syrie ». Mais l’offensive d’Ankara renforce en réalité la position d’acteur clé dans la résolution du conflit de Moscou.

La réaction la plus surprenante vient finalement de …. La Maison Blanche. Après avoir laissé champ libre à Erdogan, Donald Trump a assuré que « Les États-Unis ne soutiennent pas cette attaque et ont clairement indiqué à la Turquie que cette opération était une mauvaise idée » 

Un jeu d’équilibriste alors que les critiques fusent outre atlantique pour dénoncer la position initiale du président américain : « Priez pour nos alliés kurdes qui ont été honteusement abandonnés par l’administration Trump », a écrit sur Twitter le sénateur républicain Lindsey Graham.

 

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