Kaïs Saïed, un conservateur aux manettes de la Tunisie pour
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Camille Dubruelh
lundi 14 octobre 2019 Dernière mise à jour le Lundi 14 Octobre 2019 à 09:33

Lors du second tour de la présidentielle, Kaïs Saïed a obtenu plus de 72 % des voix face à Nabil Karoui. Coup de projecteur.

Ils ont tranché. Dimanche 13 octobre, les Tunisiens se sont rendus aux urnes pour le second tour de la présidentielle. Kaïs Saïed, 61 ans, l’emporte largement sur son rival, le magnat des médias Nabil Karoui, poursuivi par la justice pour blanchiment d’argent. Selon les résultats provisoires de l’Instance Supérieure Indépendante Electorale, publiés lundi, le professeur a obtenu 72,71% des suffrages et son opposant est crédité de 27,29% des voix.

Le candidat, vu comme un rempart contre la corruption, a bénéficié d’un fort soutien d’Ennahda, parti islamiste arrivé en tête des législatives du 6 octobre. Conséquence de ses nombreux déplacements dans les gouvernorats au cours des derniers mois, Kaïs Saïed a aussi pu s’appuyer sur les voix des ruraux. Mais l’homme a surtout largement été plébiscité par les jeunes. Environ 90% des électeurs de 18 à 25 ans ont voté pour lui, selon l’Institut de sondage Sigma, contre seulement 49,2% des plus de 60 ans. 

C’est donc à eux que le futur président a adressé son premier message dimanche soir, les remerciant d’avoir « ouvert une nouvelle page de l’histoire », lors d’une brève apparition devant ses partisans et la presse dans un hôtel. « Chacun a choisi qui il voulait, en toute liberté. Notre projet est basé sur la liberté. L’époque de la soumission est finie. Nous venons d’entrer dans une nouvelle étape de l’histoire », a-t-il poursuivi.

Un conservateur aux manettes

Le juriste constitutionnaliste se veut le porte-parole d’un conservatisme socio-religieux. Jusqu’au bout, il aura cassé les codes du combat électoral, menant une campagne timide.

Côté programme, Kaïs Saïed est pour la peine de mort, la poursuite de la criminalisation des homosexuels et contre l’égalité homme-femme devant l’héritage. Un conservatisme assumé, doublé d’une volonté de modifier en profondeur la structure institutionnelle du pays. « Robocop », comme il est surnommé, souhaite notamment renverser la pyramide des pouvoirs en défaisant l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). Il veut que les députés soient désormais élus par des conseils d’élus locaux afin de rapprocher le peuple du pouvoir. 

Relever une économie en crise

Les chiffres de la participation ont été publiés dès dimanche soir et montrent que le second tour a d’avantage mobilisé. Lors d’une conférence de presse en soirée, l’instance électorale (Isie) a confirmé que la participation serait sensiblement supérieure à celle du premier tour : elle s’élève à 57,8 % sur 70 % des bureaux de vote alors qu’il y a un mois, moins d’un électeur sur deux s’était déplacé (49 %).

Une chose est sûre, ce scrutin s’est largement joué sur des questions économiques. Les Tunisiens attendent désormais de leur nouveau président qu’il puisse pousser le pays à sortir de la crise.

Mais la priorité pour Kaïs Saïed, qui prêtera serment le 30 octobre, sera politique : il s’agira, dès les prochains jours, de nommer un gouvernement et de composer avec les autres forces politiques, notamment Ennahdha, arrivé en tête des législatives avec une courte avance.

Car, en Tunisie, le président de la République a des pouvoirs limités, qui se résument aux Affaires étrangères, à la Défense et au Conseil de sécurité national, la gestion des affaires internes revenant à l’équipe ministérielle. Avant de s’atteler à la lourde tâche donc, les personnalités politiques élues devront d’abord trouver un terrain d’entente, afin de former un exécutif efficace. Kaïs Saïed devrait confier à Ennahdha le soin de former un gouvernement, dans une assemblée plus que jamais divisée entre les différentes tendances politiques. 

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