Maroc : le mouvement des « hors-la-loi » prend de l’ampleur
#Actualite #Decideurs #Politique #MAROC
Eric Emmanuel Galland
mardi 15 octobre 2019 Dernière mise à jour le Mardi 15 Octobre 2019 à 15:44

Plus de 10 000 Marocains ont signé le manifeste des « hors-la-loi », mouvement lancé il y a trois semaines, en réaction au procès de la journaliste Hajar Raïssouni, poursuivie pour « avortement illégal » et pour avoir eu des relations hors mariage.

Le 23 septembre dernier, la romancière franco-marocaine Leïla Slimani et la réalisatrice marocaine Sonia Terrab ont co-rédigé le manifeste des « hors-la-loi », signé alors par 490 personnalités réclamant la dépénalisation de l’adultère, de l’avortement et des relations sexuelles hors-mariage.  

Trois semaines après la publication du manifeste, le mouvement prend de l’ampleur et quelque 10 000 personnes auraient signé le manifeste des «hors-la-loi» dans le royaume chérifien.

Le 14 octobre, à l’occasion d’une conférence de presse, Sonia Terrab s’est exprimée au nom du collectif pour annoncer qu’une lettre a été envoyée aux médias publics pour réclamer un débat télévisé sur les libertés individuelles en précisant : « C’est important de faire un débat public télévisé pour sortir du virtuel, passer dans le réel et rentrer dans le foyer des gens, des gens du monde rural, des gens qui n’ont pas accès à nos réseaux. C’est comme ça qu’on va transformer le débat ».

Le procès d’Hajar Raïssouni, une journaliste condamnée à un an de prison ferme pour « avortement illégal » et « relations hors mariage » était à l’origine de la rédaction du manifeste. 

Militant et avocat des droits de l’Homme se revendiquant « hors-la-loi », Omar Benjelloun porte également la voix du mouvement et demande au procureur général la suspension de ces loins considérées comme liberticides, mais aussi des poursuites actuelles. L’auteur précise qu’ « il y a un large chantier de réformes judiciaires, dont la réforme du code pénal, dans lequel nous amenons notre grain à moudre pour dire la dépénalisation du lien social qui n’a rien à faire dans les bureaux du procureur et du juge d’instruction ».

Au Maroc, entre 600 et 800 avortements seraient pratiqués chaque jour dans l’illégalité et, rien qu’en 2018, selon les chiffres officiels, 14 503 personnes ont été condamnées pour débauche, 3048 pour adultère, 170 pour homosexualité et 73 pour avortement. Dans ce contexte, de plus en plus de citoyens se risquent à clamer haut et fort qu’ils sont « hors-la-loi ».  Le collectif espère ainsi réunir rapidement les 25 000 signatures qui permettraient, selon la Constitution marocaine, de déposer une motion au parlement. 

Réagissez à cet article

Vos commentaires

Rejoignez la discussion

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *