Tunisie : Quelles sont les grandes évolutions monétaires et financières du pays ?
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Denys Bédarride
mercredi 13 novembre 2019 Dernière mise à jour le Mercredi 13 Novembre 2019 à 13:46

Le Congrès annuel de l’association Forex Club de Tunisie, qui s’est tenu le 7 novembre 2019 à Tunis, comprenait deux panels relatifs à la conduite de la politique monétaire et du taux de change dans une phase de transition, et au développement de la crypto monnaie.

L’association à but non lucratif « Forex Club de Tunisie », qui a pour objectif d’encadrer la profession de cambiste en Tunisie, a tenu son congrès annuel le 7 novembre 2019 à l’hôtel Laico à Tunis. 

Sous le haut patronage du Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Marouane El Abassi, le panel principal traitait de la conduite de la politique monétaire et du taux de change dans une phase de transition. Rym Kolsi (Directrice générale de la Politique monétaire à la BCT) a décrit les grandes évolutions monétaires et financières en Tunisie. 

Elle a indiqué qu’il était nécessaire d’appuyer l’action de la BCT en restructurant les entreprises publiques en difficulté et le secteur bancaire, en renforçant la stratégie de decashing (dans le cadre de la lutte contre la corruption et la contrebande) et en faisant évoluer le système des subventions (subvention des revenus plutôt que des produits). 

Béchir Trabelsi (Directeur général de la gestion des réserves et des marchés à la BCT) a présenté un focus sur le change. Il préfère employer le terme de « redressement » actuel du dinar tunisien à celui d’« appréciation » car l’évolution du dinar se ferait de manière naturelle (par le marché, sans intervention de la BCT), et la monnaie tendrait ainsi vers son niveau d’équilibre selon lui. Ce redressement du dinar s’expliquerait par un effet de seuil suite à la longue dépréciation du dinar ; les hausses des taux directeurs ; la rationalisation de l’offre de dinar (cf. la baisse du volume de refinancement) ; la baisse du pouvoir d’achat des ménages ; l’atténuation des anticipations à la baisse du dinar. 

Les panélistes étaient Christian de Boissieu (vice-président du cercle des économistes), Mustapha Kamel Nabli (ex gouverneur de la BCT sur la période de janvier 2011 à juillet 2012), Elyes Jouini (Fondateur de l’Association des Tunisiens des Grandes Ecoles ATUGE) et Mongi Safra (professeur universitaire). 

Christian de Boissieu considère qu’il y a un problème de soutenabilité de la dette tunisienne parce que les taux réels seraient supérieurs au taux de croissance de l’économie. En outre, l’inflation est trop élevée et pour la contenir, il importe selon lui d’agir sur les anticipations inflationnistes. 

Si le dinar est stabilisé, c’est trop tôt pour parler d’appréciation tendancielle du dinar. Les prévisions de croissance du FMI lui paraissent optimistes et la croissance actuelle est « nettement insuffisante » pour une économie émergente comme la Tunisie. Il convient selon lui de relever le potentiel de croissance de l’économie et pour y parvenir, la politique monétaire de la BCT ne suffira pas : il faut également des politiques budgétaire, fiscale et structurelle, en répartissant le coût de l’ajustement pour plus d’équité sociale. 

Mustapha Kamel Nabli que la conjonction d’un resserrement monétaire et d’une consolidation budgétaire en Tunisie a abouti à des résultats décevants. Pour lui, cela s’explique par le fait que ces politiques mises en œuvre n’étaient pas les plus pertinentes. 

Le vrai problème selon lui est le choc d’offre qu’a subi la Tunisie dans les secteurs de l’énergie et du phosphate et cela requiert d’autres mesures de politique économique, d’autant que la « transformation structurelle de l’économie est stoppée ». Des politiques structurelles doivent être mise en œuvre. 

Mongi Safra partage cette conclusion : pour lui, il faut notamment réformer le code des changes (qui date de 1976), pour avoir des flux financiers plus stables et moins dépendants des variations du dinar. 

Plus globalement, Elyes Jouini s’interroge sur le concept de transition appliqué à la Tunisie : qu’entend-on par cela et quel est l’objectif final ? 

S’il pose la question, c’est parce que selon lui il manque une vision stratégique pour la Tunisie : Cas par exemple des négociations pour un Accord de libre- échange complet et approfondi, au cours desquelles les motivations tunisiennes sont apparues floues selon Elyes Jouini. 

In fine, la vraie transition selon lui est le passage d’une économie de rente à une économie de l’innovation. Il faut favoriser cela et la Tunisie dispose d’atouts à cette fin, dont une population éduquée et des secteurs performants (santé, etc.). 

Source : Service Économique Régional Tunisie-Libye // Economic Service Tunisia-Libya // Ambassade de France en Tunisie

 

 

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