Algérie : Tempête au 1er janvier 2020 sur les liaisons maritimes
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Rédaction Ecomnews Med
jeudi 26 décembre 2019 Dernière mise à jour le Jeudi 26 Décembre 2019 à 01:06

Les services maritimes internationaux vers l’Algérie seront fort probablement suspendus à compter du 1er janvier 2020 par les plus grandes compagnies internationales. Ces dernières refusent les nouvelles conditions commerciales du gouvernement d’Alger imposant aux importateurs l’incoterm Franco à bord (FOB) et favorisant clairement le recours au pavillon national algérien.

Les armateurs sont sur le pont et dénoncent la violation de « l’accord euro-méditerranéen » de 2005 et la distorsion de concurrence exercée de fait par la Cnan. 

Après avoir imposé le recours à l’incoterm Free on Board (Franco à bord) en octobre 2019 aux importations de matériel de téléphonie, le ministère des Finances algérien généralise cette mesure à tous les produits importés en Algérie à compter  du 1er janvier 2020.

Cette décision qui fort probablement vise à maîtriser le transport depuis l’Algérie a un impact retentissant puisque le paiement se fait dans le pays, en dinar, avec un délai de paiement pouvant aller jusqu’à un an. Des risques financiers liées au contrôle des changes, associés à la complexité des comptes d’escale, que les armements refusent de supporter.  

« L’Algérie va au-devant des difficultés d’approvisionnement. Nous ne pouvons plus prendre de bookings et courir le risque d’avoir le fret immobilisé durant des mois en Algérie. Le point critique ce sont les formalités administratives, le fret payable en Algérie avec un délai de 9 mois.

Les exportateurs et transporteurs maritimes sont complètement coincés », avertit Luc Portier, directeur des études chez CMA CGM.  

« Distorsion de concurrence » et « violation de l’accord euro-méditerranéen »

La note du ministère des Finances invite également les importateurs à privilégier les chargements sur les navires battant pavillon national. Ainsi, seule la Cnan et son associée en Méditerranée depuis début décembre 2019, la compagnie maritime turque Arkas, maintiennent leurs services.

« Nous avons une grosse agence à Alger avec un port sec. Cette agence vérifie la solvabilité lors des prises de bookings », explique André Zakari, président d’Arkas France. 

Les armateurs européens, par la voix de l’association ECSA, dénoncent, dans un courrier du 9 décembre adressé au premier ministre algérien, « la distorsion de concurrence », la « violation de l’article 34 de l’accord euro-méditerranéen » de 2005 établissant une association entre les États membres de la Communauté européenne et l’Algérie. 

Extrêmement préoccupées par cette situation, les compagnies maritimes européennes demandent au premier ministre algérien de « reconsidérer ces mesures » qui vont à « l’encontre des pratiques commerciales habituelles et affecteront fortement les opérateurs économiques desservant les marchés algériens ». 

« Si les compagnies n’envoient pas leurs bateaux, l’Algérie ne pourra plus s’approvisionner. Les compagnies ne prendront pas le risque de ne pas être payées à l’arrivée. Qui prendrait ce risque ? », questionne Fatiha Jaureguy, cheffe du département commercial au port de Marseille-Fos qui réalise 60% de son activité avec l’Algérie.

Avec l’arrivée au pouvoir d’Abdelmadjid Tebboune, les acteurs du maritime sont divisés. Certains espèrent une révision de cette position commerciale quand d’autres estiment que le président aura d’autres priorités en début de mandat.

« Je reste persuadé que l’Algérie va se rétracter sur cette décision et qu’une solution sera trouvée. Le nouveau président va très certainement revoir ces mesures. Les armateurs font du payable en Algérie avec les clients avec lesquels ils ont des contrats. Avec les autres, ils discutent les conditions et vont certainement les accepter »,  précise Rafik Belhadj, représentant de Bolloré Transport & Logistics et responsable de la chambre bilatérale franco-algérienne.

Nathalie Bureau du Colombier 

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