Controverse sur l’exploitation du gaz de schiste en Algérie. Le projet a été abandonné à deux reprises dans le passé
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Rédaction Ecomnews Med
mardi 4 février 2020 Dernière mise à jour le Mardi 4 Février 2020 à 08:33

Le gouvernement estime que le recours aux énergies non conventionnelles est une nécessité pour pallier l’épuisement des réserves de gaz et de pétrole. De leur côté, les opposants s’inquiètent des répercussions sur l’environnement.

 

L’opposition au gaz de schiste remobilise le hirak algérien. Les manifestants qui arpentent les rues,  tous les vendredis depuis une année, pour demander une transition démocratique dans le pays, ont défilé le 24 janvier dernier, avec un nouveau slogan : « Le Sahara n’est pas à vendre ».  

Dans la ligne de mire des marcheurs, la nouvelle loi sur les hydrocarbures relance le projet d’exploitation des énergies non conventionnelles, dans le désert. 

Ce texte adopté avec une intrigante célérité, par le précèdent gouvernement en décembre 2019, a reçu l’approbation du président fraichement élu, Abdelmadjid Tebboune. 

« La providence nous a donné cette richesse. Pourquoi s’en priver? », a déclaré le chef de l’État algérien, estimant que l’exploitation du gaz de schiste est nécessaire. 

Pour calmer la fronde populaire, le nouveau locataire du palais d’El Mouradia a fait savoir qu’il va  lancer un débat national pour éclairer l’opinion publique sur les enjeux économiques et environnementaux qu’implique le recours aux énergies non conventionnelles. 

Sur le plan économique, l’Algérie qui dépend encore principalement de l’exploitation des hydrocarbures (36% du produit intérieur brut) considère le gaz schiste comme un palliatif à l’épuisement des réserves de gaz et de pétroles conventionnels. 

Selon des études, le pays posséderait la troisième plus grande réserve mondiale de gaz schiste avec environ 20 000 milliards de mètres cubes. 

Le premier à avoir lancé le projet est l’ex président Abdelaziz Bouteflika (1999-2009). Il avait signé en 2013 une loi qui encourage les entreprises étrangères à mener des travaux d’exploration dans le Sahara. 

En 2015, la société nationale des hydrocarbures, Sonatrach, prend les devants et inaugure un forage près de la ville d’In Salah, à 1062 kilomètres d’Alger.

De violentes manifestations font toutefois avorter le projet qui connaitra le même sort deux ans plus tard, après avoir été remis sur le tapis par l’ex chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia (actuellement en prison pour corruption). 

Selon Abdelmadjid Tebboune, les tentatives d’exploitation de gaz de schistes ont échoué par le passé,  pour manque de clarté et de garanties. 

« Notre première expérience en la matière était une erreur, car on a un désert immense. On aurait pu faire le premier essai ailleurs et non à In Salah. Il y a eu une décision brutale. Les citoyens n’ont pas été préparés. Ce qui a donné lieu à des polémiques et à des manipulations de l’opinion »,  a-t-il souligné. 

Les opposants au gaz de schiste s’inquiètent surtout des atteintes environnementales et des risques de pollution encourus par la nappe albienne, principale source d’eau dans le Sahara. 

L’un d’eux est Chems Eddine Chitour, actuel ministre de l’enseignement supérieur et ex professeur émérite en génie chimique à l’École polytechnique d’Alger. 

Avant d’être nommé au gouvernement, il avait exprimé à maintes reprises son hostilité, estimant que « le gaz de schiste est une calamité et qu’il « va hypothéquer l’avenir du sud » algérien. 

Même constat pour Ferhat Ait Ali, ministre de l’industrie qui a déploré, il  n y a pas si longtemps, les couts exorbitants qu’induiront les activités d’exploitation. 

« Le gaz de schiste n’offre pas de rente.  C’est tout un système qui est basé sur l’improvisation, la prédation et la mauvaise planification », avait-il en outre, indiqué en 2017. 

Dans les medias algériens, des journalistes soupçonnent le président Tebboune de soutenir le projet d’exploitation du gaz de schiste afin d’appâter les pays intéressés par des investissements dans ce genre de créneau, notamment la France. 

Par Samia Lokmane

 

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