Algérie : Hirak fête son premier anniversaire, la contestation populaire a-t-elle un avenir ?
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Janos Fernandez
vendredi 21 février 2020 Dernière mise à jour le Vendredi 21 Février 2020 à 13:55

Le 22 février marquera le premier anniversaire du Hirak, mouvement de contestation populaire né suite à la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat, en violation flagrante de la Constitution (qui fixe une limite de deux mandats) et de la part d’un homme plus mort que vivant depuis un AVC en 2013 dont les apparitions semi-muettes tenaient plus de la farce sinistre que du geste politique.

 

A la veille de l’anniversaire de la première année du Mouvement (traduction de Hirak), celui-ci apparaît comme toujours bien vivant et d’actualité, alors que l’élection d’ Abdelmajid Tebboune le 12 décembre 2019 à la suite d’un scrutin contrôlé par les militaires est boycottée par les Algériens.

En effet, Abdelmajid Tebboune n’a pas réussi à convaincre les citoyens de par ses fonctions successives dans la sphère bouteflikienne depuis 1999. Beaucoup estiment que son mandat n’est qu’un Boutef 4.5, dans la continuité de son prédécesseur et de ses relations avec l’armée.

L’ouverture en octobre 2019 du procès de son fils Khaled dans le cadre d’une saisie de 701 kg de cocaïne n’a fait que renforcer auprès de la population une image de cacique de l’état avec son cortège d’arrangements et de corruption…

De plus, le gouvernement a montré à plusieurs reprises sa volonté de répression de l’Hirak, que ce soit par la répression des manifestations, les arrestations. Et même si les personnes arrêtées sont relaxées par la suite, c’est généralement dans l’attente d’un procès à venir.

Résultat, la main tendue du gouvernement apparaît comme une mascarade supplémentaire aux yeux de la rue et le mouvement ne semble pas vouloir s’éteindre après un an de manifestations hebdomadaires à travers le pays. Les algériens continuent à réclamer plus de démocratie, de justice sociale et la fin de la mainmise des militaire sur le gouvernement.

Il est cependant inévitable de constater l’absence de représentants constitués ou de partis issus du mouvement. Cette absence de structuration peut être perçue à la fois comme une force et une faiblesse.

Faiblesse car la contestation populaire peut s’essouffler et que l’enthousiasme ne donne pas forcément naissance à un projet d’après-lutte, surtout dans un pays avec une tradition de méfiance envers les partis et les pouvoirs constitués. Force car cela pourrait aboutir à une structuration du mouvement autour d’idées et d’acteurs de la société civile en remplacement des politiciens de carrière.

Cette démocratie tant désirée fait appel à la mémoire de l’indépendance de 1962 confisquée par les militaires qui dirigeront le pays de manière plus ou moins officielle jusqu’à aujourd’hui.

Deux ouvrages récemment parus « Retours d’Histoire. L’Algérie après Bouteflika de Benjamin Stora, Bayard » et « Hirak en Algérie. L’invention d’un soulèvement, Collectif, La Fabrique » remettent le mouvement dans une perspective historique et illustrent la manière dont il prolonge à sa manière un demi-siècle de lutte pour la démocratie face au verrouillage du pouvoir en place.

Cette mémoire se retrouve sur les banderoles avec des slogans comme : « 1962, indépendance du sol, 2019 indépendance du peuple ».

Ou sur les portraits brandis de héros de l’indépendance comme Larbi Ben M’hidi assassiné par les militaires français en 1957.

Et l’on rappelle que dès 1962, Abdelaziz Bouteflika était un proche collaborateur de Houari Boumédiene qui installera le régime militaire après liquidation de la résistance intérieure.

Et Hirak semble charrier cette mémoire, depuis le berbérisme, « complot contre l’Etat » jusqu’aux massacres des années 1990 et ses 100 à 200 000 morts dans le conflit entre armée et islamistes.

 

A la veille de son premier anniversaire, Hirak ne semble pas vouloir s’arrêter et apparaît comme l’héritier d’une longue lutte de la société civile algérienne face à l’autorité militaire. La question se pose cependant de savoir si un mouvement porté par des courants souvent contradictoires, entre conservateurs modérés, révolutionnaires avérés, indépendantistes kabyles ou étudiants anxieux de grandir dans une démocratie pourra conserver son élan initial et aboutir à un véritable renouvellement politique du pays.

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